#photofiction #05 | un (deuxième) jour en quinze

le lendemain - sans image (ici si on y tient, il y en aurait une, sans vraiment de relation : il s'agit d'une série centrée sur ces officines; l'image a été prise un autre jour, alors qu'on marchait dans les rues pour chercher des ectoplasmes de la nuit dite blanche 2010 - puis viendra celle de 2015 dont on parlera peut-être demain)

Trois dix quinze (au travail, en attendant le pékin)
Ca n’a rien de facile et le temps reste au beau, il fait frais et le matin et à la nuit, il fait frais on ne sait pas bien, mais ça passe (on commence, on verra on ne sait pas où on va, on emprunte quelques chemins différents, qui peut savoir où ils nous conduiront ? Et qui pose la question ?) J’ai attendu un moment, laissé décanter un peu, laisser passer le temps, le monde, laisser aller les choses, j’en suis arrivé à me dire même que l’attente avait quelque chose à voir avec ma façon de vivre, d’être  et puis en effet le temps s’est écoulé

ce sont des moments qu'on reconnaît, au début on les trouve difficiles - se faire envoyer paître n'est jamais agréable, même si c'est de la part de quelqu'un.e qu'on ne connaît pas, jamais vu.e jamais croisé.e ou recroisé.e jamais plus - même si c'est quelqu'un.e qu'on ne choisit pas (dieu merci comme disait ma grand-mère) - qui est tombé.e dedans comme on disait (on tire au sort, on compte, on attrape le quatrième - ou la) on fait "bonjour vous avez deux minutes - ou plutôt trois... c'est pour une enquête" le type (ou la typette) désapprouve complètement (pas le temps, train à prendre, enfants à chercher courses à faire travail forcé double journée sans aucune possibilité désolé.e) (vraiment, toujours courtois.e : on sourit, on remercie, on souhaite bon courage/voyage/journée) ou passe sans le moindre signe d'avoir vu ou entendu quelqu'un (c'est fréquent, les gens pensent ou font semblant d'être dans leurs rêves) ou vous envoie sur les roses (je ne réponds JAMAIS aux sondages ce genre de salade) : une fois,ça peut passer, deux fois, ça commence à faire braire, et à la troisième - ou plus - parfois s'accrocher peut donner des résultats, parfois non, on ne peut jamais savoir on s'arrête un moment - il m'est arrivé de n'essuyer (comme on dit) aucun refus la journée durant (c'est bien ça, les refus se passent grâce à une éponge : durant le passage - et non le jet - de l'éponge, on flâne) - on prend de l'avance dans ces cas-là, rares pourtant - on a cependant à finir la session un quart d'heure avant la fermeture - on s'en fout - c'est cuit quand c'est cuit, comme à la cuisine - j'ai toujours aimé la méthodologie (le regard sur soi, ce qu'on dit réflexif) je n'avais jamais eu l'intention non plus de faire l'enquêteur ou le sociologue mais c'est arrivé quand même et pour clore ce travail, quelque chose que j'avais à faire à l'école (ces hautes études considérables et intitulées approfondies) je suis allé interroger le conseiller scientifique du département d'alors (il faudrait se souvenir de l'organigramme de la boîte de laquelle j'étais prestataire de service, je ne me souviens que de l'acronyme ddri - il doit y avoir un d pour département ou direction le r va à relations et le i à internationales) un homme adorable - il vivait rue de Dunkerque et m'avait offert un schweppes lors de ma venue de la même manière qu'à Tunis, rue de Marseille lorsque j'étais allé le rencontrer, l'oncle de mon père me recevant dans son salon au plafond fait d'arcs et cuivres ouvragés aux murs, cet appartement qu'il quitterait l'année suivante, après la guerre de Kippour (c'est marrant, c'est aujourd'hui c'est ce soir que ça commence - ces fêtes-là commencent le soir - les choses changent pour rester les mêmes) (c'est une fête juive intitulée le grand pardon - je ne suis plus certain de l'adjectif, le film est passé par là), alors qu'il était le seul être de la famille à vivre encore en ce pays qui ne le tolérait que peu - un schweppes qu'on allongeait de gin dans les fêtes des amis cinéastes téléastes vidéastes enfin ce genre, cet alcool qu'on dit préféré des femmes âgées (j'aime beaucoup ce genre de présupposés comme tu sais) dans le genre de Danielle Darrieux (qui ne buvait pas autre chose que de l'eau - née un premier mai et décédée un siècle plus tard) ou de Bette Davies qui avait des habitudes probablement différentes - du citron plus de l'eau gazeuse le transforme en fizz - ces cocktails dont on entendait (jadis ou naguère) le nom sans trop savoir à quoi il pouvait bien correspondre - et à ma question sur le fait d'arriver en fin de journée et de ne pas avoir son compte d'enquêtes parce que le public peut se mettre à refuser dans le quart d'heure qui précède la fin, "alors on fait quoi dans ces cas-là ?" il m'avait souri en ouvrant les bras "ah mais mon cher monsieur, mais là, c'est la vie ! si ce n'est plus possible c'est que ce n'est plus possible..."

codicillons un peu : Trois jours du journal de deux mille quinze – au hasard – ou un seul ça aurait pu être n’importe quel début octobre depuis quinze ans – le journal a commencé il y a quinze ans – les 2, 3 et 4 d’octobre quinze (ici la représentation du 2) – (ce n’est qu’un procédé – une “mise en abîme”) je n’avais aucune intention d’écrire ce genre de prose – et d’ailleurs je n’avais aucune intention d’écrire tout court – (bande son : le printemps c’est joli pour se parler d’amour) – c’était le temps où il y avait des choses à faire, vraies, pas représentées – on ne posera pas d’image histoire de dire et puis en allant, si une de ses mains – si je la retrouve (c’est fait) – j’ai gardé des choses d’elle, surtout des images et des mots, l’acronyme de son surnom, la tabatière qui est là, devant moi, là (mais pas la cage à oiseaux – où, je ne sais mais si ça se trouve elle est quelque part)
– les trois jours sont comme un raccourci ces affaires de famille, le travail, la nuit, en ville, blanche (à venir donc)
– il y a une image d’une alimentation générale – je mets des liens, ça vaut pour des images – il n’y a pas d’autres solutions, écrire peut-être – souvent ça ne vient pas –

A propos de Piero Cohen-Hadria

(c'est plus facile avec les liens) la bio ça peut-être là : https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article625#nb10 et le site plutôt là : http://www.pendantleweekend.net/

3 commentaires à propos de “#photofiction #05 | un (deuxième) jour en quinze”

  1. Magique !…
    S’agissant de la mise à nu du statut d’auteur, comment aller au-delà ?
    De l’art du commentaire : un modèle.
    En lisant j’ai l’impression que La recherche du temps perdu est passée sur la table de dissection et qu’elle a littéralement rencontré une machine à coudre. À coudre un fil, un texte, du temps qui passe.
    Merci pour ce réjouissant moment de lecture.

  2. oh bravo, et encore bravo
    (le gin c’était le seul alcool auquel j’avais droit à ma sortie d’adolescence et que je pouvais offrir avec du schweps aux amis qui me rendaient visite dans le salon de ma mère à coté de la porte-fenêtre ouverte sur la mer — mais bon ça n’a rien à faire là après ce texte et tout le début sur les passants qu’il faut interroger)

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