Pomme noire

granuleuse/se ride/s’assèche et rétrécit/s’effondre sur elle-même/couleur violet-noir avec une pointe qui subsiste de rose qui vire au brun/mouvement de la matière retournant à la terre/couche brunâtre sur le dessus entre terre et lave séchée/

Vocabulaire spécifique :
la tige ou pédoncule
étamines (poils)/sépales (petites feuilles drues)
peau ou épicarpe
pulpe ou mésocarpe
coeur ou endocarpe
loge (avec pépins ou graines)

j’aime les pommes, j’aime la façon dont leur forme s’ajuste presque parfaitement à la paume ouverte de la main, j’aime ce bruit caractéristique qu’elles produisent quand on les croque, quand la pulpe se déchire, j’aime la texture rugueuse et lisse de leur peau, j’aime ce contraste entre peau épaisse et pulpe soyeuse, j’aime ce moment où par mégarde on croque dans un pépin et qu’un liquide amer parvient jusqu’à nos papilles nous faisant grimacer.

Sur mon bureau de bois brut, sur un coin, une pomme à la peau noircie. On la sent gonflée de l’intérieur, comme un cadavre gorgé d’eau. Sous une large tache brunâtre ressemblant à de la lave séchée ou à du métal rouillé, un peu de chair rosée résiste.

Granuleux et brunâtre, l’épicarpe se donne, avec ses vagues de lave refroidie qui se déploient sur le haut du fruit charnu, un air de terre. Sous la péliculle presque violette aux accents de corruption, on sent le mésocarpe flétri, s’effondrant lentement sur lui-même. Le pédoncule pourtant, continue valeureusement son érection vers le ciel tandis qu’une tâche rosâtre fleurit au sein de la chair encore vive du fruit.

je suis assise et mon corps oublie qu’il s’ennuie je suis à l’intérieur alors je mange une pomme des pommes d’un verger elles sont dans un filet je vérifie le filet je retire les pommes blettes j’en trouve une mais celle-là elle était noire même pour une compote c’était trop tard alors sur mon bureau c’est là qu’elle a fini parce qu’elle était belle c’est étonnant une pomme noire je voulais la voir changer se flétrir se rider puis diminuer rétrécir sécher et presque disparaître le spectacle de la vie qui s’évapore.

A propos de Sybille Cornet

Autrice, metteuse en scène et actrice. J'écris et mets en scène mes spectacles, le plus souvent des spectacles pour enfants. Ma dernière production "Faire l'école aux grands singes" est une interrogation sur l'ennui du corps en classe.