Sol Majeur

Sol : nom masculin, synonyme de terre, il désigne la partie superficielle de la croute terrestre, à l’état naturel ou aménagée par l’homme. Le sol est la croute que les doigts grattent, que les ongles recueillent en griffant la terre. Le sol représente la surface de la terre, le territoire, on dit aussi le sol natal. Le sol est la ressource — près de la source, la terre noire et molle imprimée d’étoiles, le sol, la terre sous les pas, sous les ongles — essentielle à la production d’aliments sur la planète. Le sol est la couche terrestre la plus superficielle. Le mot sol est mol. Le sol reçoit les corps couchés sur et sous la croute grattée creusée. Derrière moi le rideau noir est retombé et me voici dans une pièce très sombre dont je ne perçois ni les murs ni le plafond ni combien de personnes se trouvent là, autour, dans le noir. La musique tout d’abord, on entend une musique répétitive Steve Reich peut-être, ou plutôt Philip Glass, une musique minimaliste dont la pulsation régulière et rassurante accompagne l’image surgissante dans la lumière soudain éblouissante d’une plaine désertique scène de lumière verticale au centre de laquelle se meut régulièrement une grappe de dos serrés à n’en former qu’un, un seul dos sombre penché, un ensemble, vers le cercle d’une action commune et répétitive à accomplir au rythme de la musique — que nous, spectateurs sommes seuls à entendre — et qui, plus la caméra s’approche du groupe, plus en augmente l’intensité,  la répétition et plus l’oeil se rapproche et moins se distinguent les corps, les corps de femmes vêtues de noir et agenouillées en cercle, car il s’agit bien de femmes, de formes féminines rondes et blotties ensemble, penchées ensemble, leurs visages ensemble dans l’ombre creusée du vêtement noir les recouvrant, courbées à genoux vers la terre, le sable plutôt, qu’inlassablement elles creusent de leurs mains nues plongeant toutes ensembles et se relevant de plus en plus haut à mesure que sans doute le puits, la tombe, le trou, qu’ensemble elles forent, allant plus profond, remontant plus haut comme une respiration se fait de plus en plus ample au creux d’une poitrine jusqu’à la distendre, mais sans jamais montrer leur visage que la poussière soulevée en nuage masque, brouille à la vue. Sans jamais paraitre génées, ni lassées, toutes ensembles penchées respirant cette poussière soulevées de leurs ongles, de leurs mouvements incessants de leurs mains grattant, creusant le sol, comme si le trou que toutes ensembles elles excavent ne suffirait jamais comme si les morts trop nombreux à ensevelir et le chagrin immense à l’image, la taille, du trou. Pourtant leurs visages penchés ensemble, visages que je ne revois pas, ne semblent pas laisser paraitre un quelconque sentiment. Elles creusent le sol ensemble et c’est tout. Sans doute au lieu d’un mort, de la mort toute entière, c’est peut-être au contraire la vie qu’elles sèmeront là tout au fond. Une graine, une plante, un arbre viendra ici, à l’ombre duquel il fera bon s’asseoir, à l’ombre duquel, de ses branches étendues, le désert reverdira, la vie renaitra et l’eau retenue dans ses racines fera fleurir la poussière qui, pour l’instant et inlassablement s’élève au-dessus des dos courbes et noirs. Ce mouvement répétitif, la musique lancinante et hypnotique auraient pu durer des heures, on ne se lassait pas de voir le ballet sombre et mobile des femmes comme une onde laboure la terre, le sol, mais jamais assez profondément, la vidéo s’arrêtait sans que le mouvement des femmes ne diminue, puis recommençait après le noir complet, au même point comme si rien ne s’était passé d’autre que cette répétition ne menant à rien sous la lumière aveuglante de la plaine désertique qui surgissait encore et encore la musique résonnant, lançait son moteur lancinant et tournant et encore la caméra s’approchait lentement du groupe des femmes. On savait maintenant que c’était des femmes, on en était sûrs, la question ne se posait plus et que ces femmes creusaient mais on restait là, pris encore dans le bercement, pris dans le rythme de ce travail des femmes creusant le sol de leurs ongles, pour une tombe, un tombeau à la taille de l’humanité, et, pour cela sans jamais faiblir et sans jamais atteindre la profondeur qui nous contiendrait tous, un jour, quand se terminerait la vidéo, lorsque le mot FIN s’imprimerait sur l’écran, faisant suite à la dernière image, que tout s’éclairerait et que les spectateurs quittant la salle, la musique s’arrêterait aussi. Le sol est la durée du jour solaire sur Mars. On peut appeler sol le matériau non chésif, pulvérulent, de la surface lunaire, mais le terme exact est régolithe. Du grec ancien signifiant roche. Les sols sont des corps naturels indépendants, chacun avec une morphologie unique résultant d’une combinaison unique de facteurs, climat, matières vivantes, matériaux terrestres, âge des reliefs — la partie du sol recouvrant la roche-mère. Le régolithe peut-être autochtone ou allochtone lorsqu’il est amené par un processus quelconque – alluvions ou sédimentation. Le mot sol a de multiples sens en frnaçais. En espagnol ou en portugais il veut dire soleil. Sol est l’abréviation standard du botaniste Daniel Solander, du mot solution, en chimie et en mathématiques. SOL est le code des Iles Salomon. L’acronyme SOL peut signifier Service d’Ordre Légionnaire, Speed Of Light. Le sol est la partie d’une construction sur laquelle repose le pied. Le sol (sou) est une monnaie de l’Antiquité, dont l’origine est le solidus romain. Le sol est l’unité monétaire du Pérou. Sol est une station du métro de Madrid. Sol est une bière mexicaine, un ordinateur portable solaire créé. Sol est la personnification du soleil en latin. Le sol est un agrès en gymnastique artistique.

Le sol est le cinquième degré de la gamme de do. La clef de sol est une clé imposant la position du sol sur la portée.


A propos de Françoise Durif

Pousse son premier cri en 1959. Carrière stoppée net. Nourrit un ressentiment tenace vis-à-vis de la famille en général. A, malgré tout, connu quelques happy-hours. Et heureusement, il y a l'écriture !

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