#livre #05 | Humeur

Les boîtes à livre autour de chez moi sont les vitrines de la misère de lecture régnante. Miroirs… 

Je dormais chez l’habitant : dans la chambre d’enfant devenue celle du jeune couple et puis, le temps des vacances, celle des petits enfants — la profusion des photos encadrées, et passées, en témoignait. Là, disposés contre les cloisons opposées de chaque côté du lit, un moderne un rustique, deux meubles bibliothèques — bien fournis et tristes. Un peu comme vos anciens quand, au milieu de la réunion de famille, ils ne sont déjà plus qu’une présence commémorative. Là, toute une vie de livres offerts. — Ça se voyait tant que ça ? — Ça se sent. 

J’ai les mêmes à la maison — à la maison dont j’hériterai. 

Un livre, c’est aussi et encore ce qu’on offre quand on ne sait pas quoi offrir. Et puis il y a toute une France comme ça. Elle n’a rien ni contre les livres, ni contre la lecture mais elle ne prend pas le temps — elle ne l’a pas. En fait elle est pour — mais pour les autres. La lecture… On a essayé, ça n’a pas tellement marché — le roller non plus… Conforama, But, Alinéa, ça répond (répondait) aussi à ça, cette demande : de placement — on ne va pas quand même les fourguer, ces livres. Ce sont des cadeaux — des intentions… On ne va pas ? Quand on disparaît, si. Sinon quoi ? Vos descendants le feront pour vous : si vous ne l’avez pas lu, qui le lira ? Car un livre crée ça : le devoir. Un livre doit être lu. Et comme toute corvée on repousse, on repousse… La chambre d’amis : sanctuaire de cette plus-value temporelle des livres qui n’aura pas eu cours, pas l’occasion. Ça ne s’est pas trouvé. Les livres ça remplit des étagères comme n’importe quels bibelots : souvenirs — ou pas.  À ranger dans la catégorie : livres qui n’ont pas rencontré leurs lecteurs… 

Les boîtes à livres autour de chez moi sont ça, donc, le retour au commun — boîte commune — de ça, les boîtes à livres n’ont rien de tellement récent, tout le monde à peu près a ça chez soi : ça s’appelle bibliothèque. Une bibliothèque c’est quoi ? C’est les livres qu’on vous offre parce que les chocolats, il vaut mieux plus, que le banc au fond du jardin, c’est déjà fait, qu’en électro-ménager vaisselle vous avez tout (et le robot tondeuse ?)… Et puis vous avez du temps — on imagine que vous en avez, on vous en souhaite toujours plus… Et parce que surtout on veut faire plaisir — sacrifier à ce rituel —, sauf qu’on ne sait pas comment… Parce qu’on ne vous connaît pas. 

Les gens aussi peut-être sont de ces livres que personne n’a lu. Des gens aussi, parfois, ne sont jamais ouverts. 

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