TROU #8 2

Il y avait beaucoup de morts De corps d’âges De tous corps Beaucoup Trop Beaucoup Au début Nous les prenions par la main Comme l’enfant Vers l’école la main ferme avec douceur Ou comme L’agneau dans les bras fermes avec douceur Pas hésitants et Nous avions UN MOT murmuré ou dit HAUT pour elle/lui Nous avions pour elle/lui un mot avant le TROU un mot creusé Pour elle/lui Couchés Elle/Lui chacun son TROU Les petits se couchaient à plusieurs NOUS les COUCHIONS — qu’ils n’aient pas froid les petits — ni peur — à plusieurs Pensions- nous craignent moins – pensions nous- LA NUIT DE TERRE LE NOIR DE CAILLOUX Ferme tes yeux disions nous les couchant – FERME- que le sable de terre n’entre PAS Surtout Ferme tes yeux que le SABLE n’entre pas Nous les couchions avec DOUCEUR comme fait la mère de la mère Qui est MÈRE en moins PEUR qui est MÈRE sans peur qui sait de plus près LE TROU qui VOIT qui SAIT de PLUS PRÈS VOIT la mort SAIT de ses mains ravinées et SÛRES SAIT et quand la fumée vient ( car elle revient toujours et la grand mère le sait ) QUAND elle revient Les petits dorment Les PETITS vivants comme Les petits morts dorment Les petits morts dorment ILS ne voient pas TANT ne voient PAS TANT les morts TANT ne voient pas LA montagne à ne plus compter qu’en MONTAGNE on s’acharnait pourtant ON soulevait encore par CORPS on s’efforçait par corps puis il avait fallu par quatre ou CINQ par quatre ou cinq entassés et soulever à deux trois ou quatre avec des CORDES (quelques fois les morts bougeaient quelques fois disaient un mot de morts de VIVANTS même un de vivant mort ) il avait fallu cacher les bouches ou bander pour certains leurs nez ou mettre de l’ouate dans le trou des oreilles ( les morts puaient la mort les morts puaient la fosse avant d’y être tombés MORTS puaient LA VIE MORTE criait la vie morte ) ou mettre des gants POUR des gants CONTRE Larves et VERS et le Ciel devint mouches Terre devint mouches EAU de mouches Mots de Mouches Alors ils DIRENT de prendre les machines DES montagnes d’un seul coup DES fosses d’un coup ILS DIRENTPELLETEUSEILSDIRENTFLAMMESDI R E N T

A propos de Nathalie Holt

Rêve de peinture. Pose et dessine à la Grande Chaumière. Entre aux beaux arts avec un dossier fait la nuit. Rôde à la Sorbonne : trois ans de philosophie. 1981 premier décor de théâtre. Se prend au jeu. S'appuie sur la mémoire des studios et plateaux de l'enfance. Vue rétrospective et oblique. Enfant de la balle. Apprend son métier sur le tas. Ne peint plus que des maquettes ou des murs plus hauts qu'elle. 30 ans de théâtre. Se promène avec un appareil photo, argentique puis numérique, tout en manuel, sans technique.

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