Nocturne

Des racines grises sur la même toile que des mèches qui, elles, n’ont pas encore perdu leur teinture, des cheveux secs tenus en arrière par un élastique sans fantaisie. Le reste du visage de la femme qui marche est absorbé par un fil tendu sur le trottoir.
En son for intérieur : une forêt vierge, libre en tous sens, de la canopée aux plus humides des profondeurs, des sapajous, des colibris topaze, des orchidées. Au pied d’un hévéa, une bague qu’elle a perdue.
Le pavé va m’avaler, je vais m’enfoncer dans le bitume, disparaître dans les catacombes, cata-combes, cata-combes, cata-combles, cata-sombres, sombres. Peur d’une ombre qui me mettrait le couteau à la gorge. La rue, la rue me poursuit. Si je me retournais, les grands blocs s’abattraient, les pylônes et même les abris. M’enfoncer. À la nuit, demander asile.

A propos de Elisabeth Saint-Michel

J'ai participé plusieurs fois aux ateliers de François Bon. J'y trouve une exigence et un rythmr qui me motivent. J'ai publié 4 livres dont le dernier, Cochon Pendu, a été largement nourri par la proposition 'Quelqu'un arrive quelque part" avec laquelle j'ai entamé mon récit, et celles qui ont suivi.