Il n’y avait pas d’Atlas à la maison. Il y avait les cartes routières Michelin de toutes nos destinations de vacances, les cartes jaunes et numérotées, pliées en accordéon, qui se dépliaient sur toute l’étendue du tableau de bord lorsque les parents voulaient « préciser l’itinéraire » pour ne pas risquer de faire peur aux enfants en avouant qu’ils s’étaient perdus. Lire une carte me semblait extraordinaire et l’est encore aujourd’hui : traduire les couleurs et les symboles, comprendre le rapport des distances à partir de l’échelle et tourner la carte vers le Nord. J’informe toujours que je n’ai pas le sens de l’orientation et laisse les cartes à d’autre. Mais peut-être est-ce simplement l’envie de la surprise.
Mon premier Atlas est un cadeau de fin d’école primaire, l’Atlas Kienast-Bertrand, éditions Delagrave, à l’intérieur duquel, en première page, une feuille, d’un grammage épais, format A4, avait été ajoutée. Elle porte l’écusson de la ville, l’adresse de la mairie et une lettre manuscrite, Je suis heureux, comme maire, de t’offrir ce magnifique Atlas qui, je l’espère, te rendra service et sera pour toi un bon souvenir que tu garderas de ton école et de notre ville. Bonne réussite dans tes études secondaires. Bien à toi, Le maire. J’aurais dû écouter ses conseils et mieux me perdre dans sa table des cartes, son index alphabétique, ses cartes des grands continents, ses cartes générales et régionales, ses représentations des deux hémisphères, occidental et oriental, afin de ne pas rester sans voix devant le planisphère, lors d’une interrogation orale en cours de géographie. En sixième, je ne savais pas situer le Brésil. Ou bien avais-je perdu mes moyens, seule devant la classe. Il était pourtant le pays natal de ma meilleure amie de cette époque. Il était aussi à la page 61 de l’Atlas : carte politique et linguistique des Amériques du Nord et du Sud et à la page 72 : relief de l’Amérique du Sud. Sur cette page, les noms des pays se perdent dans les reliefs des massifs et des plateaux, des fleuves et des chutes. J’aurais pu y poser mon index et naviguer sur l’Amazone, tomber dans les chutes de Guajara, traverser Gran Chaca jusqu’à Valparaiso. La nature efface les frontières.