Il est des librairies dont la renommée tient principalement à leurs locaux. C’est le cas du Bookstore à Biarritz. Est-ce en raison de son aspect un peu british que cette librairie porte ce nom anglais ? Une devanture peinte en vert bouteille, deux petites vitrines de livres face à la rue encadrent une entrée en profondeur. Au-delà des tourniquets de cartes postales qui informent que la boutique est ouverte, d’autres vitrines en biais avec des livres, des photos, des affiches. Curieuse entrée pour une librairie, façon petite rotonde de théâtre ou de cinéma. Occupé par un magasin de photos, le local devint librairie en 1970. On raconte qu’auparavant il était peut-être un cinéma, peut-être un atelier de Gabrielle Chanel. On raconte, on raconte, on ne sait pas vraiment, il y a du flou dans les archives, bien commode pour alimenter la légende du lieu. Ce qui est avéré, c’est qu’on doit le cachet de ce local commercial peu banal au décorateur d’intérieur biarrot Daniel Branquart. Des boiseries sombres, des murs vert anglais, une caisse comme un guichet de cinéma, un curieux bureau perché, suspendu, au centre de l’espace, sorte de vigie, une envolée de marches pour conduire à l’étage, un mobilier vintage, quelque chose de théâtral, de feutré, d’élégant et d’intemporel, très « années folles ».
Mais ne nous y trompons pas, le Bookstore de Biarritz est une vraie librairie. Idéalement située, sur le chemin de la grande plage, place Georges Clemenceau, elle est tenue, de mains professionnelles, par deux femmes de terrain Inès Lavigne et Kristel Bourg. Anciennes salariées de la librairie, elles l’ont rachetée au tribunal de commerce, lorsqu’elle faillit disparaître en 2011. Depuis elles l’ont agrandie, utilisant le moindre espace disponible en profondeur et en hauteur et ont ouvert une annexe, spécialisée BD.
En commerçantes avisées, elles ont conservé l’esthétique raffinée et mondaine du local. Conscientes que cet écrin historique, presque patrimonial, pouvait et devait être exploité au bénéfice du livre, elles ne l’ont pas modernisé à outrance au risque d’altérer son cachet qui, hors du temps, évoque irrésistiblement le Biarritz cosmopolite de l’entre-deux guerres. Le rayon livres en langue anglaise est d’ailleurs très fourni. Et, bien sûr, un coin est spécifiquement dédié à Gabrielle Chanel puisque c’est dans ce quartier qu’elle ouvrit sa première boutique. Les deux propriétaires entretiennent la légende. Si elles ont une importante clientèle de lecteurs biarrots, notamment pendant les mois d’hiver, elles accueillent volontiers les touristes à la belle saison. Séduits par ce décor insolite et le charme de l’endroit, ils s’y attardent, font des selfies, mais ressortent généralement avec un ou deux livres à découvrir sur la plage, en croquant ces biscuits légers, nappés de chocolat et saupoudrés de noix de coco, qu’on appelle des « biarritz ».
NB Ce n’est pas parce que des cendriers subsistent dans ses boiseries que l’on peut fumer au Bookstore. Comme maints autres détails de la librairie, ils demeurent pour rappeler une époque révolue, nostalgique pour les fumeurs d’un certain âge et fantasmée pour les plus jeunes d’entre eux.
Merci pour la découverte de ce bookstore !
Et merci pour votre intérêt !
Intriguée et piquée par la curiosité. Si, un jour, je retourne du côté de Biarritz, j’irai voir…merci pour le reportage!