#P3 | tu perds un peu de poids

…tu perds un peu de poids, peu d’heures après qu’elle expulse les os – délivrée, sorti du four le mioche – tronche mains fripées recuites comme un vieux gant de boxe ou une pâte desséchée, fendillée, craquelée – pareille la pulpe des doigts après trop longtemps dans le bain ou sucer toujours le pouce. On en croquerait s’ouvre la bouche embrasse mordille délicatement les quenottes, minuscules papillons brillants s’agitent flottent dans un parfum suave de nouveau-né et sa farine bébé

Près des belles-de-jour
je m’enfourne de la pâtée de riz
comme un homme

Matsuo Bashõ

ainsi commence tôt maigrir grossir recommencer – tout passe par la bouche le monde te vrille te tord dedans en même temps que te dévore t’avale t’onde le tiède liquide pâle coule dans ta gorge, aux commissures des lèvres sur le menton et sa fossette tu geins exhales des soupirs incertains des clapotis de langue collés au palais comme ces voiles vaporeux emmêlés aux fenêtres – les odeurs chaudes et douces te noient te confondent et plus tètes plus tends le ressort de douleur : remonter les genoux sous le menton brandir le poing – devenu adulte tu  écraseras sans y penser une mouche ou choperas en dernier bord d’asphyxie ta goulée d’air brûlant

Herbe de l’oubli
cueillie pour soupe de riz
la fin de l’année

Matsuo Bashõ

encore encore tu grandis t’allumes à l’eau de breuvages limpides et durs comme des soleils bruts – des liquides hurleurs saboteurs de tête président ton naufrage – carcasse entière tu plonges nu dans l’oubli absolu du feu – flammes ton fût de gueule, braises ta lave de ventre – sans jamais savoir tu te souviens

Fleurs de ce monde
mon vin est blanc
mon riz est sombre

Matsuo Bashõ

aujourd’hui tu perds encore un peu de poids heure après heure s’écoulent les chairs les muscles les nerfs les os, la terre et son four de noir mangent Délicieux enfant

Eh bien rien ne s’est passé
hier a disparu
avec la soupe de poisson-globe

Matsuo Bashõ

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