#40jours #40 | capitale, paroles en vrac

S’il est possible de transmettre, d’imaginer la capitale où prendre racine et s’élever, créer, danser, fêter l’existence, répandre le savoir et l’Histoire, ce serait une ville en Ardèche, le sud de l’Ardèche, ou peut-être l’équivalent d’Uzès, une ville ouverte à la musique, de multiples lieux de vies et d’accueils pour tous ceux qui recherchent un refuge. Un espace où l’argent serait exclu. Seul le troc – aides, services rendus, travail dans les jardins, concerts et spectacles, deviendrait forme d’échange. Peut-être une nouvelle monnaie, où tout ce qui est vital – habitat, nourriture, chauffage – serait d’accès quasi libre, ou vendu sans excès. Une vie simple où tous auraient accès à la culture, en pleine rue, dans les entrepôts, les arrière-cours, les églises, les usines, les garages, où l’on viendrait écouter des conférences dédiées aux lettres et aux sciences, le bonheur des savoirs fondamentaux inculqués dès la prime enfance, avec un large temps consacré aux loisirs et à l’ennui formateur, l’ennui fondateur. Ne croyons pas qu’elle soit si difficile à concevoir. Certains génies l’ont déjà composée sur internet, des plateformes de création conçues tel un refuge pour l’esprit et la liberté. Mais que faire de nos vies surchargées ? comment en sommes-nous venus à écraser le temps simple ? perpétrant l’isolement dans et pour le travail ? Toute l’organisation du temps est tellement à refonder. Nous nous sommes enlisés, broyés par la machine, le travail baratteur nous ayant fabriqués en ensemble compact d’actants pressés, suragissants, incapables de vivre avec l’autre, de l’accueillir, de l’aider, des surfaciens et des surfaciennes qui se glorifient de leur image bien dans leur temps. Tandis que la jeunesse manifeste, implore, dévastée, désespérée de notre immobilisme. Il faut partir, quitter les villes, créer de l’ailleurs, peupler les villages oubliés, s’installer et changer, faire entendre sa voix d’artiste, faire jaillir la beauté du savoir. Et bannir les frontières.

Rejetons tous les tyrans.

A propos de Françoise Breton

aime enseigner, des lettres et du théâtre, en Seine-Saint-Denis, puis en Essonne, au Cada de Savigny, des errances au piano, si peu de temps pour écrire. Alors les trajets en RER (D, B, C...), l'atelier de François Bon, les rencontres, les revues, ont permis l'émergence de quelques recueils, nouvelles, poèmes. D'abord "Afghanes et autres récits", puis en revues "Le ventre et l'oreille", "Traversées", "Cabaret", "La Femelle du Requin"... Mais avant tout, vive le collectif ! Création avec mes anciens élèves d'Aulnay-Sous-Bois de la revue numérique Les Villes en Voix, qui accueille tous les textes reçus, photos, toiles...

10 commentaires à propos de “#40jours #40 | capitale, paroles en vrac”

  1. Merci, Françoise, vos “Paroles en vrac” résonnent très fort, Hier, j’ai lu cet article de Reporterre : “La désertion, germe d’une contre société”.
    C’est ce dont vous parlez là dans votre # 40, tellement beau et complet. Votre texte soulève, donne envie, on va continuer dans ce sens, se joindre à vous, chercher les lieux où ça commence, les inventer quand ils n’y en a pas.

  2. Rétroliens : # 40 Jours # 40 | partir (suite) – Tiers Livre | les 40 jours

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