#enfances #06 | toutes les voix d’elle

Sa voix à peine. Sa voix me revient par à-coups, disparaît, se tait, revient. Floue. Éphémère, de forme incertaine. Mon oreille peine à en déterminer les contours, la tessiture. Plutôt aiguë au naturel, elle l’était un peu plus dans la joie ; ténue dans l’intime discussion ; basse et grondante, sourde dans la réprimande ou la colère. Elle se faisait alors métallique, nette, coupante. Parfois sifflante, faisant sonner les s. Je ne l’aimais pas chevrotante. C’était quand elle pleurait.

A dire vrai ce n’est pas une voix mais des voix d’elle. Toute une palette de couleurs de voix. De la plus solaire à la plus grise, transparente ou opaque, vive ou terne. C’est le souvenir que j’ai d’elle disant. Non pas d’une voix mais toutes ses voix, même quand je ne parviens pas vraiment à en retrouver la tonalité précise, le timbre, l’intonation, l’élan.

La voix indissociable du regard, j’entends je lis en elle, comme ils vont par deux, en résonance. Le regard souligne la voix, transmet l’intention quand elle n’est pas assez claire. Sourcil arqué ou paupières déliées, yeux rieurs, inquiets, agacés, fâchés, paisibles, ils sont l’écho visuel de la voix.

Quand je la cherche trop, sa voix m’échappe, elle fuit. Elle ne laisse happer qu’au détour d’un souvenir, d’une photographie, d’un mot qu’elle aurait dit à quelqu’un, d’un conseil, d’une dispute qui remonte à la surface sans prévenir, ou de l’évocation d’elle. Le moment où sa voix est la plus nette : un surgissement brusque, sans préméditation.

Je sais où la retrouver : dans les films de vacances, jamais plus entendus depuis que la voix s’est tu. Probablement déformée, probablement un succédané mais voix quand même.

A propos de Perle Vallens

Au cœur d’une Provence d’adoption, Perle Vallens écrit et photographie. Ecrire c’est explorer l’intime et le monde, porter sa voix pour toucher. Publie récits, nouvelles et poésie en revues littéraires, ouvrages collectifs et personnels (lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021, toucher à la hache au au diable vauvert). Derniers livres : peggy m. aux éditions la place et Solo aux éditions Tarmac. Touche à tout, pratique encore le caviardage, le cut up (image et/ou son), met en voix (sur soundcloud Perle Vallens ou podcasts poétiques), crée des vidéo-poèmes et montages photo-vidéo (chaîne youtube Perle Vallens). Master de création littéraire écopoétique en 2026 avec le texte de création Les Insignifiantes, également le nom d'une exposition plastique et photographique qui circule depuis fin 2024.