« Jamais il ne faudrait oublier de raconter le ciel ». Jean-Claude Pirotte
Nous cinglons sur des routes amères. Nous avons perdu la direction du ciel.
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Parfois, le ciel parle. Mais je n’entends pas toujours ce qu’il dit. Des mots m’échappent. Ils sont emportés par le vent. Quelqu’un a déjà dit quelque comme ça, dans le temps, pas seulement à propos des mots. Il l’a chanté, accompagné de sa guitare et de son harmonica, à propos des blessures que les hommes infligent aux hommes, des canons qui tonnent, des montagnes glissant dans la mer, des colombes échouées sur le sable. Et il l’a dit, aussi, à propos du ciel.
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Sans nuage, le ciel est triste. Comme dépossédé de lui-même. Il ne s’y passe rien. Il est réduit à une profondeur insondable vers laquelle votre œil est aspiré. Vous vous tenez à la rambarde pour ne pas tomber. Il serait si facile d’être emporté, avec le vent qu’il fait.
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Nous devrions écouter le ciel. Il a des choses à nous apprendre. Sur notre position en regard des étoiles. Sur le vide sidéral qui nous happe. Sur la beauté.
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La langue fait de son mieux. Elle s’efforce de relier entre eux les fils invisibles dont la texture nous attache au monde. Elle tisse. La langue coud.
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Nous sommes décousus. Les coutures de l’enfance ont cédé sous la pression du temps, des contraintes, des déceptions, de la maladie, des souffrances.
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Nous sommes faits de reprises dans le sens où nos aïeules employaient ce mot : « Donne-moi ces chaussettes, que je te les reprise ! ».
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La langue est affaire de tissage. On noue. On dénoue. On lie. On délie.
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Nous écrivons comme nous marchons. A pied. Dans les rocailles. Parfois sur les mains en regardant le ciel.
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Un ciel, même livré à lui-même, n’est pas une question de temps.