#arts de la fiction #01 | le rocher

Je suis ancrée sur un rocher à 1600m d’altitude, un bloc près d’un mélèze, gisant sur l’herbe, j’ai posé lentement mon corps lourd, j’ai incorporé la dureté de la pierre froide, emplie d’aspérités, d’angles tranchants ou émoussés, je médite sur ce rocher de tous les temps, de toutes les lumières et odeurs

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Pas de fuite du temps, un temps sans durée ni contour. Deux présences indicibles, impossibles et pourtant si fortes, un homme âgé, la peau du visage fendillée, gît sur un lit de pierre, un drap de mousse le recouvre partiellement, l’horizon est rouge sang. Des tubes transparents animés de lumières ressemblant à des lucioles entrent et sortent du corps. Derrière le mélèze tout proche, un homme jeune au corps transparent lève la tête vers le ciel. Deux taches au niveau du foie et de l’abdomen sont visibles, deux zones de ténèbres

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Je plane. Musique des vents, des eaux, enivrement des senteurs. Je suis ensorcelée. Le temps ne passe plus, il s’éternise, médite sur lui-même. Jeux de lumière, jeux de pierre, de miroir près du lac en bas, schistes couleur lie-de-vin, cascades puissantes. Une vision fascinante effaçant tous mes contours. Plus de distinction entre le ciel la terre, ma présence, mon regard se fondent dans la lumière

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Infini des brumes bleutées, je retiens mon rêve, je le déforme, les tuyaux lumineux se dissolvent, les taches disparaissent, je dompte mon rêve, je tremble, le rocher vacille, la terre s’entrouvre, tout va disparaitre

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Non, un ruisseau a creusé son chemin dans un vallon suspendu avant de devenir cascade. Un cairn sur la droite, empilement de pierres, de traces, d’espoirs. Les aigles reviennent, tournent au-dessus de ma tête, leurs glatissements aigus me sortent de ma torpeur. Lever la tête, ranimer ses mouvements, se lever, s’approcher de l’abime, se pencher, désirer le grand plongeon, mesurer la fuite, non rester, rejoindre les souffrances pour les alléger.

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Le regard embué, les pieds accrochés comme les pattes d’un caméléon, je traverse l’espace en suivant le parcours infini d’un anneau de Moebius, je visionne des moments de vie, dessus, dessous, revisitant tant de moments partagés avec chacune de ces deux présences étranges, je sillonne, je bouillonne à l’intérieur, tout passe et repasse semblable et différent, semblable et différent. Je crie l’espoir

A propos de Huguette Albernhe

Plusieurs années dans l'enseignement et la recherche. Passion pour l'histoire de l'écriture, la littérature . Ai rejoint l'atelier de FB en juin 2018, je reste sur la barque même si je disparais de temps en temps

2 commentaires à propos de “#arts de la fiction #01 | le rocher”

  1. je l’ai trouvé très beau, ce texte, dont j’ai suivi les méandres en reconnaissant le sentier dans les bois, le mélèze, le cairn récemment installé
    et voilà que les pierres sont devenues des « espoirs » dans « l’infini des brumes bleutées » et dans le parcours infini dessus dessous
    merci chère H.

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