#arts de la fiction #02 | Gare maritime

Gare maritime. C’est écrit sur les panneaux de signalisation, les poteaux indicateurs qui guident les voitures et aussi les piétons. Gare, ça fait un peu train, maritime plus bateau, une gare sur un port, le mélange des deux. Pas la grande aventure, le bateau sur des rails, ou presque. Une idée de mer domptée, apprivoisée et proprette dans ces lignes régulières.
La plus petite des deux gares maritimes de Saint-Malo est grande et vide. Un hall immense, des bureaux et guichets de chaque côté, portes fermées sur des pièces sombres, salons, bureaux, boutiques, salles de réceptions. Et la lumière qui entre de chaque côté, mais surtout au milieu, avec de parties vitrées à intervalle réguliers, disposées comme les néons dans les tunnels d’autoroute. La lumière fait des tâches, des flaques, des îles sur la moquette grisâtre du sol. Sur le mur, une grande photo de la ville, de son port et de ses célèbres remparts qui gondole et brille jusqu’à empêcher de voir ce qu’elle représente sans qu’on soit obligé de se déplacer et de la regarder sous un autre angle. Nous sommes seules, pourtant, le parking n’est pas vide, mais personne dans ce grand hall terne, dont l’odeur oscille entre le renfermé, le nettoyant et ce que le nettoyant tente de dissimuler rendant l’effluve plus indistincte que franchement désagréable.
Dans le fond du bâtiment, une grande baie vitrée voilée de sel donne sur le port et plus loin, sûrement, la mer. Les gens arrivent petit à petit, des familles, des groupes de copains, deux ou trois personnes seules. Peu de bagages, des petits sacs, ce sera l’affaire d’une journée de profiter du beau, si tôt avant l’été. Une porte a dû s’ouvrir, le flot des passagers nous emmène, un tunnel de plastique transparent nous abriterait encore un peu si le temps était mauvais, puis nous sommes à l’air libre, sur le flottant d’un ponton, avant-goût du bateau. La file des passagers ralenti, monter un par un dans le bateau, contrôle de billets, bienvenu à bord, quelques mots de plus pour les habitués et tout le monde va s’installer en attendant que l’équipage s’occupe de tout ce qui rattache encore le bateau au ponton, à la gare maritime, à la terre. Tous les regards sont tournés vers la mer, plus personne ne regarde vers la gare maritime, simple auxiliaire-poumon qui aspire et expire ses voyageurs à chaque rotation de bateau

A propos de Juliette Derimay

Juliette Derimay, lit avidement et écrit timidement, tout au bout d’un petit chemin dans la montagne en Savoie. Travaille dans un labo photo de tirages d’art. Construit doucement des liens entre les images des autres et ses propres textes. Entre autres. À retrouver sur son site les enlivreurs.

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