Terre d’eau

Terre aux frontières d’eau, ici la mer nous longe toujours, évidence d’à côté. La Méditerranée noyée par ses couleurs aux horizons, paresse de longs mouvements. Quand elle est à notre gauche, on se dirige nord ; à notre droite, trajets vers le sud. Petite, je regardais la mer avec mon corps : me rassurer du retour à la maison. Ou éprouver l’éloignement. Boussole d’eau qui me plantait, « je suis ici », géographie d’un pays de pupilles. La mer sur la carte bougeait dans mes yeux. La mer, oblongue comme langue bleue et Beyrouth, uniques repères de ma vision enfantine. Je suis de la capitale, fierté. Abstraite comme toute fierté. D’autres villes et villages fixés par leur nom à la carte pendent, pays étrangers dans le pays. Corps d’une même eau-mer Méditerranée.

A propos de Gracia Bejjani

Je suis née à Beyrouth. À vingt ans à peine, j’ai quitté famille, amis et pays. Quitté pour une autre vie, une autre langue, un autre possible. J’écris en français avec l’arabe en moi, ce corps d’avant les mots. J’écris depuis l’intérieur des choses, des espaces, des êtres. Mon roman "Sobhiyé – Corps de femmes" a paru aux Accro Éditions en 2026, précédé du recueil "J’ai appris à parler sur tes lèvres" (La Kainfristanaise, 2024). Mes textes circulent également en revues et anthologies. graciabejjani.fr youtube.com/@graciabejjani

11 commentaires à propos de “Terre d’eau”

  1. (j’adore : à ma gauche, je descends – à ma droite, je remonte) (et pourtant c’est la même) (j’adore)