autobiographies #02 | portraits («Stèles»)

I Un mandarin; il ne voit pas tout de suite la courbure de la terre mais une place de granit. Les strates du temps lui apparaissent au loi il sait qu’elle est là le large après les remparts. Dés le matin, Dédé s’attable dés 10h . Une phrase : on déguste à la Dégustation. On ne sait pas pourquoi, le vent tourne, c’est normal dans le Midi, le vent bascule comme on dit; ceux qui arrivent en dépit de tout n’ont pas pris la météo et s’exposent aux revirements des vents. Le marin et l’homme de théâtre ont ceci en commun qu’ils jettent l’ancre quasiment au même troquet. Au fond, la scène et la mer ont en commun l’étendue devant les yeux, la la notion de voyage vers l’inconnu d’un texte, de l’autre, une navigation, la mer, une autre scène, la dernière. Dédé jetait l’ancre à la Dégustation. On pouvait s’asseoir à sa gauche. En général à sa droite c’était complet.

II Quelqu’un prend des clefs dans une armoire, prend l’allée, marche sous les eucalyptus, laisse le saule pleureur sur sa droite, il continue de marcher, décidé, cet homme semble savoir exactement où il va, ce qu’il fait. Ses gestes sont précis, sa démarche assez lente, il ne manifeste ni précipitation ni particulière ni lenteur étudiée. A ces côtés, une petite fille et un chien. Les deux créatures le suivent aveuglément dans une entière confiance. Il sait où il va, il sait ce qu’il fait. Malgré l’habitude qu’il a de faire ce trajet, le rituel qu’il a installé : toujours les mêmes gestes, le même parcours, dans l’amour car il a mis en place ce rituel dans l’amour on dirait. Il a programmé quelque chose. Il arrive à la grille très rouillée, retenue par une chaine et un cadenas non moins rouillé. Il ouvre la chaine, derrière la porte, c’est un champ en friche, de hautes herbes, des pylônes, une ligne à haute tension traverse le ciel à la diagonale au-dessus de leurs têtes, le chien courre, il s’allonge dans les herbes. Il savait où il va, et ce contraste curieux du jardin en friches avec les allées soignées, des bambous et du potager aligné, de la pelouse bien rectangle bordée d’arbres, la méthode du jardin, la rationalité du jardin contraste curieusement avec le champ aux herbes folles, comme je l’appellerai maintenant. La surprise, la première fois d’arriver là, le sentiment d’être dans la confidence, de partager un secret, d’être celle-là qu’il avait choisi pour son escapade privée, pas de dialogue.

Une réponse à “autobiographies #02 | portraits («Stèles»)”

  1. Même remarque que précédent commentaire. Particulièrement saisie par le deuxième passage, ce côté rêche, ce côté très extérieur, minutieux, précis, ces hypothèses, face à un individu impénétrable.

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