A propos de Géraldine Queyrel

Vend des rêves dans la vie réelle Rêve de fiction le reste du temps. Son blog : antepenultiemefr.

#enfances #03 | Bonnefoy, gravir

Joué, triché, soufflé, touché. Gagné.Joué comme si le jeu avait déjà commencé ou allait se terminer. Jouer. Sans se soucier du temps. Jouer sans fin. Pas plus que de début. On n’apprend pas à jouer. C’est le jeu qui nous prend. La vie au devant. Vivre pour jouer, et non jouer pour vivre.Joué. À vos marques, prêt, partez ! Visé, lancé, Continuer la lecture#enfances #03 | Bonnefoy, gravir

Enfances # 02|Walter Benjamin, boîtes et armoires

La commode du salon. La télévision est posée dessus. Toujours éteinte. La tapisserie aux larges fleurs de laurier a été choisie par C. il y a si longtemps. Les fleurs roses éparpillent leurs pétales sur le mur tout autour. Un bouton de laiton manque sur le premier tiroir de la commode. Celui qui est tout en haut. C. fait une Continuer la lectureEnfances # 02|Walter Benjamin, boîtes et armoires

#enfances #01 | Sarraute & M. Bilit

C’est un de ces beaux soirs d’été. De ceux où le ciel, vide de nuage, laisse la lumière blanche et puissante de la lune étendre les ombres loin derrière les corps. Grand-mère m’a expliqué que la lune n’a pas de lumière et que c’est le soleil qui y reflète la sienne. Son explication ne m’a pas plu et je persiste Continuer la lecture#enfances #01 | Sarraute & M. Bilit

#enfances #00 (2) | Meaulnes

Tu m’embrasses. Une seconde m’échappe. Et tu n’es plus là. Flotte encore ton parfum. À peine quelques notes de tête. Respirations rassurantes des bruits connus : la porte entrebâillée grince. Grince aussi la marche de l’escalier de bois. Puis plus rien. Le silence.Je suis allongée dans les draps bordés de froid. Ne reste que l’empreinte chaude de tes lèvres sur Continuer la lecture#enfances #00 (2) | Meaulnes

#enfances #00 | Meaulnes

J’ai lâché ta main. J’ai percuté un corps. La foule ne s’est pas arrêtée. J’ai bien essayé de l’éviter, mon pied a trébuché. Je n’ai pas pu l’éviter. La foule m’a percuté. J’ai lâché ta main. Où es-tu ? Voilà ce qu’il aurait fallu que je me dise. J’ai trébuché et la foule m’a fait lâcher le petit avion rouge avec Continuer la lecture#enfances #00 | Meaulnes

# été 2023 #08| expansion Claude Simon

Une mousse brune pousse en mottes disjointes sur la partie supérieure du verre, bien loin du sol, comme soufflée aux hasards des vents. Elle grignote peu à peu la transparence minérale. Invisible, elle se propage sans jamais retourner à la terre noire et fertile à qui elle doit son brun teinté de vert. Les spores se détachent, légères, depuis la Continuer la lecture# été 2023 #08| expansion Claude Simon

#été2023 #07bis | Odeur

Je n’ai pas assez parlé de cette odeur. Elle ne m’en a pas laissé le temps.Assise, tout au fond de la véranda, elle a tourné la page du livre posé sur ses genoux. De son index droit. Alors, l’odeur m’a sauté au visage. À présent, elle est là, pleine, entière, étouffante. Il faudrait que je puisse atteindre une fenêtre, en Continuer la lecture#été2023 #07bis | Odeur

#été2023 #lire&dire | L’espace commence ainsi

Parce que les mots sont fondation de vie. Signes, puis lettres, voyelles, premières, consonnes, ensuite. Syllabes. Vibrations par lesquelles on apprend à se connaitre, de l’intérieur. D’abord par l’intérieur. Toujours. Les mots. Leurs sonorités, leurs musiques, leurs prononciations, leurs accentuations font identité. Leurs sens, leurs significations, leurs définitions font différence.Parce que la vie s’articule de phrases. Suite de mots mis Continuer la lecture#été2023 #lire&dire | L’espace commence ainsi

#été2023 #07 | Francesca Woodman

Elle est comme un peu tassée. Au fond de la pièce. Dans un rocking-chair dont les appuis-bras et les pieds semblent taillés en une seule volute. L’assise est en rotin. Elle a pris la peine d’y poser un coussin. L’un de ceux qui sont depuis toujours au salon sur le canapé de cuir beige usé. Elle l’avait acheté, quelques années Continuer la lecture#été2023 #07 | Francesca Woodman

#été2023 #04bis | Dans la nuit de samedi à dimanche

Dans la nuit de samedi à dimanche, il y a eu beaucoup de trafic. La plaque d’égout située au coin sud du jardin fait un bruit sec lorsque les pneus des voitures la traversent. Un bruit suffisant pour la réveiller. Cette nuit-là elle ne dormait pas encore. Pourtant elle s’était appliquée. Rien ne lui avait échappé. Elle avait pris le Continuer la lecture#été2023 #04bis | Dans la nuit de samedi à dimanche