A propos de Gracia Bejjani

Je suis née à Beyrouth. À vingt ans à peine, j’ai quitté famille, amis et pays. Quitté pour une autre vie, une autre langue, un autre possible. J’écris en français avec l’arabe en moi, ce corps d’avant les mots. J’écris depuis l’intérieur des choses, des espaces, des êtres. Mon roman "Sobhiyé – Corps de femmes" a paru aux Accro Éditions en 2026, précédé du recueil "J’ai appris à parler sur tes lèvres" (La Kainfristanaise, 2024). Mes textes circulent également en revues et anthologies. graciabejjani.fr youtube.com/@graciabejjani

anthologie #19 | paradoxe du trop familier.

Jacques Chirac un 14 juillet 2006, il sait marquer les pauses, corps et voix, Jacques Chirac parle du Liban, s’inquiète de sa démolition — les images de la vieille guerre me reviennent, au cas où j’aurais oublié ; le Liban à la une des journaux en France, le Liban par terre ce 13 juillet 2006, je reconnais d’anciens mondes ; on parle de nous Continuer la lectureanthologie #19 | paradoxe du trop familier.

#anthologie #09 | un jour comme un autre.

tu quittes pour les cours, dernier coup d’œil sur le miroir, prête avant l’heure tu peux prendre le temps, toi face à toi dans le miroir, coquetterie de tes vingt ans ou petit réflexe, dernier coup d’œil avant la journée ;tu vois tes yeux isolés, tes yeux se refusent, tes yeux et ce rien qu’ils renvoient, te dépêcher, produire des mots, Continuer la lecture#anthologie #09 | un jour comme un autre.

#anthologie #08 | qui parle à son corps.

La clef si simple, si nue, qu’elle semble remplaçable. Un bout de fer suffirait, pense-t-on avant de renoncer. Si peu de dents au bout — ces longues clefs par endroit rouillées. Si peu suffirait, pense-t-on. Jeux de doigts pour trouver l’accroche. Bouger dans le trou, pas de mouvement brusque. Et ça s’enclenche, on ne sait comment, comme un jeu. L’agacement Continuer la lecture#anthologie #08 | qui parle à son corps.

#anthologie #07 | lampe et silence.

J’ai écrit sur elle. Je n’ai fait que ça, écrire. Sur elle. Je ne me préparais pas, j’écrivais. Jamais je n’ai cherché à écrire sur ma mère, j’écrivais son mouvement, ses formes. Ses récits, discours continus. Écrire ma mère se passait de volonté, d’intention. Se passait de moi, ma mère poursuivant sa vie, se jetant entre mes doigts, dans ma Continuer la lecture#anthologie #07 | lampe et silence.

#anthologie #06 | lente de nuit.

La nuit la réveille. Sa soif comme alerte. Un verre d’eau froide même l’hiver, bouche desséchée de trop de nuit. Seule parmi, la maison de nuit. Ronflements, chambre à côté, son mari ne se lève jamais de nuit, s’endort dès que tête posée. Elle l’envie parfois, puis pense au privilège de ces bouts de vie volés à la vie. Elle, Continuer la lecture#anthologie #06 | lente de nuit.

#anthologie #05 | du corps à l’avant du corps.

Je m’impose. On voudrait me cacher. Avale ton ventre répète la mère à l’adolescente. Je ne disparais pas, leurs vêtements amples tout juste me recouvrent. On a honte de moi, certains regards étonnés (les pires). On me serre, on me comprime, je déborde. M’impose, j’avance devant. Je garde trace de ceintures, étranglement et plaie. Ces mêmes qui claquent sur les Continuer la lecture#anthologie #05 | du corps à l’avant du corps.

#anthologie #04 | en sens opposés.

1-Les odeurs des plats (on peut jouer à deviner) ; les coups du mortier ; cris des gens ; klaxons des rues (ça fait à chaque fois sursauter) ; la texture de l’asphalte chaud sous la semelle (parfois très collante) ; le soleil sur les miroirs (et les yeux impossibles) ; le vent aux fenêtres, petite trêve ; le chant maladroit de ma mère ; le chatouillement de Continuer la lecture#anthologie #04 | en sens opposés.

#anthologie #02 | elle aurait ses gestes.

Elle serait assise à table, table en bois foncé couverte d’une nappe vert sapin. Le vert, sa couleur (l’espoir). Elle serait assise, mains touillent taillent assemblent. Le persil sur la planche à découper, tiges sagement alignées. L’eau perle sur les feuilles encore entières, bientôt hachées. Dans un saladier en plastique vert, le reste du persil (plus de cinq bouquets). Les Continuer la lecture#anthologie #02 | elle aurait ses gestes.

#anthologie #01 | chaque lieu sa danse.

Dérouler le plafond, grain après grain, suivre l’illusion du mouvement ; le corps, passivité de brancard. Se laisser glisser, impulsion et secousses, l’attention est présence de pierre. Écouter les roues crisser, se bloquer parfois. Trembler à ce rythme. Et bruits de couloirs. Regard plafond, renoncer à compter les dalles, perdant le fil déjà. Fixer plafonds dalles néons. N’avoir que ça, se Continuer la lecture#anthologie #01 | chaque lieu sa danse.