A propos de Juliette Derimay

Juliette Derimay, lit avidement et écrit timidement, tout au bout d’un petit chemin dans la montagne en Savoie. Travaille dans un labo photo de tirages d’art. Construit doucement des liens entre les images des autres et ses propres textes. Entre autres. À retrouver sur son site les enlivreurs.

#anthologie #08 | Et lui, en artiste

Dans l’ancien lycée qu’on appelait la base, sa pièce à lui était au fond du couloir, à droite.  Une pièce, en théorie un bureau, pas officiellement une chambre, mais le canapé servait bien plus souvent de lit, duvet étalé, que de canapé, duvet poussé en boule dans un coin. Une chaise pour table de nuit, la même chaise que devant la Continuer la lecture#anthologie #08 | Et lui, en artiste

#anthologie #07 | La lumière de l’écran

Le noir de la nuit n’est déjà plus si noir. D’ailleurs, le noir de la nuit n’est jamais vraiment noir, pas intégralement, reste toujours un peu de clair, un peu de jour, de lumière. Pas assez pour bien voir les couleurs en couleurs, mais voir au moins les formes, de quoi se déplacer sans cogner, sans tomber, sans buter dans Continuer la lecture#anthologie #07 | La lumière de l’écran

#anthologie #06 | En silence

La bouilloire siffle. Elle ne s’arrêtera pas si tu ne te lèves pas pour aller l’éteindre. Personne d’autre ne l’éteindra, elle ne s’arrêtera pas toute seule, c’est toi qui es seule. Une seule tartine, une seule tasse, une seule cuillère et un seul couteau. Pas d’autre déglutition, pas d’autre mastication, pas d’autre couteau qui gratte le beurre sur la tartine, Continuer la lecture#anthologie #06 | En silence

#anthologie #05 | Comme ton ombre

Tu n’es plus que l’ombre de toi-même, quand tu te regardes tu te trouves plat, tu te trouves sombre, tu marches toujours dans l’ombre, dans l’ombre de toi-même. Tu regardes marcher devant toi ce corps qui t’as déçu, qui n’est plus à la hauteur, ni même à la longueur surtout pour le bras droit, qui n’as pas répondu présent et Continuer la lecture#anthologie #05 | Comme ton ombre

#anthologie #04 | Nicher

Les arbres morts ne sont pas vraiment morts. Le pic s’y établi, y creuse son logement et y loge sa famille. Dans la loge du pic on s’installe, on va chercher à manger, on revient avec la nourriture qu’on distribue aux petits, on se repose, un peu, parfois, avant de retourner chercher la nourriture pour les petits. La loge du Continuer la lecture#anthologie #04 | Nicher

#anthologie #03 | Trombone

Tes doigts le connaissent mieux que tes yeux. C’est un trombone, un morceau de fil de fer avec une épingle à cheveux en demi-tour, une autre et encore une autre. Tu n’as pas besoin de trombone, tu n’as plus de papiers, que des livres ou des feuilles volantes qui se passent de trombone, ou qui sont trop nombreuses pour ce Continuer la lecture#anthologie #03 | Trombone

#anthologie #02 | En bateau

Du haut des trois marches de la descente, capot repoussé, on voit tout le carré. Elle est assise sur la banquette, ordinateur portable ouvert posé sur la table avec rebords pour empêcher les objets de glisser. À sa droite, rideau tiré sur la soute à l’avant. En face d’elle, les casiers avec la vaisselle dépareillée, assiettes creuses et bols, pas Continuer la lecture#anthologie #02 | En bateau

#anthologie #01 | Les clés

Farfouiller dans la poche et ne pas les trouver. Retourner l’autre poche, tâter du haut en bas en grommelant contre soi. Vider aussi le sac, se résoudre en bouillant à prendre le téléphone pour faire un peu de lumière, les voir briller par terre. Se baisser et entendre tomber tous les papiers du sac. Les ramasser. Ramasser aussi les clés. Continuer la lecture#anthologie #01 | Les clés

#anthologie #prologue | Sur le bout de mes doigts

J’ai ouvert ma main, j’ai écarté mes doigts. J’ai senti le liquide caresser mes phalanges. J’ai ouvert mes mains, j’ai refermé mes mains. J’ai sucé mon pouce. J’ai goûté mes doigts. J’ai goûté le monde avec mes doigts. Je suis née. J’ai senti l’air tiédi de la salle d’hôpital passer entre mes doigts. J’ai sucé mon pouce. J’ai goûté le Continuer la lecture#anthologie #prologue | Sur le bout de mes doigts

#écopoétique #01 | L’odeur du silence

Table des matières :1 – L’odeur du silence 2 – Le jour du fil de fer L’odeur du silence C’est une vallée parfaite. Pas de ces vallées étroites où on se sent oppressé, compressé, écrasé par des à-pics trop raides qui suintent le danger et rejettent tout ce qui ose sortir du minéral, ni de ces endroits trop plats qui Continuer la lecture#écopoétique #01 | L’odeur du silence