autobiographies #10 | sororité

Elle se lève tôt, en même temps que l’enfant. Elle prépare le petit déjeuner, un biberon et un café. Elle pose sa tasse à café sur la table. Elle tente de prendre une douche, elle sort à moitié rincée. Elle s’envelloppe d’un peignoir éponge et court dans le salon. Elle prend l’enfant dans ses bras, elle le console. Elle mouille son petit corps potelé, elle n’a pas eu le temps de se sécher. Elle essaye de le coucher. Elle doit le prendre à nouveau dans ses bras. Elle le berce en faisant de grandes traversées de la cuisine au salon. Elle reste au lit. Elle a besoin de beaucoup de sommeil. Elle est triste, elle n’a pas envie de se lever. Elle allume la télévision, elle baisse le son au minimum. Elle regarde les images. Elle fait de petits mouvements avec ses pieds. Elle arrange les coussins. Elle se met en boule, la couverture sur la tête. Elle caresse le chat qui dort à ses côtés. Elle attend plusieurs heures avant de se lever pour mettre la bouilloire en marche. Elle allume la radio, à peine sortie du lit. Elle danse. Elle ondule du bassin, étire ses jambes. Elle fait griller ses tartines. Elle en prend deux puis une troisième. Elle goûte une confiture de son invention: carotte-orange-cardamone. Elle lèche ce qui reste de confiture sur ses lèvres. Elle écarte les rideaux, elle regarde le ciel limpide. Elle ouvre la porte-fenêtre. Elle s’installe sur le balcon pour fumer une cigarette. Elle prépare le déjeuner, elle n’aura plus qu’à le réchauffer à leur retour. L’enfant s’est assoupi, mais cela peut être court, elle surveille la purée et le bébé. Elle regarde les passants en bas dans la rue, chez les voisins d’en face. Elle entend la radio de la voisine. Elle écrase sa cigarette avant que le lait ne déborde. Elle se recouche. Elle n’a pas envie d’aller travailler. Elle pense à son ex, cette folle qui voulait la virer de chez elle. Elle n’a pas de chance en amour. Elle le sait et s’en veut d’y avoir cru. Elle pense qu’on ne l’y reprendra pas de si tôt. Elle aurait pu se retrouver à la rue sans l’aide de ses copines. Elle est contente de s’être séparée finalement. Elle trouve qu’il est plus facile de vivre avec des amies qu’avec un mari. Elle lave ses cheveux courts. Elle sort de la salle de bain, une serviette sur la tête. Elle s’assoit au piano, elle pose ses doigts sur les touches. Elle arrive à l’attraper juste avant la chute. Elle a eu peur. Elle lave la vaiselle sale dans l’évier. Elle ramasse le linge sale par terre. Elle s’est cogné. Elle a envie de crier. Elle roule un joint. Elle ouvre la porte pour le chat. Elle joue une mélodie de son enfance. Elle pense à ses amies aux étages en dessous, elle descendra pour les voir dans un moment. Elle s’accroupit dans la cuisine, la tête cachée entre ses mains, le dos rond, secoué de sanglots. Elle appelle pour dire qu’elle est malade, elle n’ira pas travailler aujourd’hui. Elle claque sa porte et descend les escaliers.

A propos de Irene Garmandia

Lectrice par amour des mots et des histoires. Voyageuse immobile, perdue entre plusieurs langues, a récemment découvert le jeu d'écrire.

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