autobiographies #03 | des arbres

Elles se sont assises à l’abri du plaqueminier, l’une sur une souche, l’autre sur un tapis de feuilles et de bois morts. Augustine avait demandé à Camille de l’accompagner jusqu’à la berge à la lisière du bois, un endroit touffu à l’opposé de la clairière, là où la couleur de l’eau est étrange, aussi nébuleuse que la mémoire de la vieille dame. Camille s’est appuyé contre le tronc à l’écorce creusée pour écouter Augustine. J’aime cette nature enchevêtrée, dit-elle. J’aime l’opacité de l’eau et ne pas en apercevoir le fond, je m’émerveille de ce qu’il peut receler. Agrippant son regard aux racines souterraines, elle ajoute qu’ici elle ressent la vibration des voix et des rires d’antan, le souffle des corps adossés aux grands chênes du bois et perçoit encore les secrets distillés aux rameaux si souvent perlés de brume. Une impression subtile d’intemporalité. Elle sourit, d’un sourire nostalgique : je voulais te faire connaître cet endroit. C’est ici que je veux mourir, à l’ombre de ces feuilles oblongues ou sous l’orangé de ses fruits à l’orée des premières gelées. Camille la dévisage, cherchant ses mots. Elle dit : Augustine… se taisant un instant avant d’ajouter : vous êtes en bonne santé ! Aujourd’hui oui, mais je me replie… imperceptiblement, saison après saison ma peau se fane. Regarde comme mes cheveux ont perdu depuis si longtemps les couleurs brunes de l’automne et ne volent plus au vent des airs d’antan. Camille l’interrompt : je ne vous connais qu’avec des cheveux blancs Augustine… je n’aime pas parler de ça…
Il ne faut pas occulter ces choses-là. Parfois, le destin s’emmêle et fait escale sur le pas de ta porte. Puis, prenant la direction de la maison elle ajoute : veux-tu découvrir les arbres du jardin ? …

A propos de Fabienne Savarit

J'ai toujours eu envie d'écrire des histoires. Le temps me manque, alors j'écris par petits souffles, en atelier, dans des carnets, sur un coin de table. Mon premier roman a été publié en juillet 2020, j'en suis encore ébahie. Mes mots sont voyageurs et se perdent au creux des courants marins. https://www.facebook.com/Fabienne-Savarit-Autrice-105753008006663

Laisser un commentaire