autobiographies #03 | les feuilles des arbres

Je vous écris d’un pays lointain. Il faut que je vous parle des arbres. En automne, ils nous causent de grands problèmes. Leurs feuilles tombent, des tapis de feuilles recouvrent le pied des arbres. Le vent les emporte parfois, mais beaucoup restent collées au sol alourdies par la pluie. Chaque arbre produit une quantité inimaginable de feuilles. On ne s’en rend compte que lorsqu’elles tombent. Un peu comme les arbres lorsqu’on les abat, on est toujours étonné par le volume de leurs branches. C’est très beau les feuilles mortes. Les enfants et les chiens adorent courir dans les tas accumulés par le vent. De plus, les feuilles des arbres ont toutes sortes de formes et de couleurs, les enfants en font des bouquets, surtout des grandes feuilles des platanes, ou des plus petites des érables. Les feuilles de chêne ne conviennent pas ni celles des cerisiers, car leur pétiole est trop court. Beaucoup d’autres ne conviennent pas non plus parce que leurs folioles se détachent, comme celles de marronniers ou des acacias ou encore des frênes. D’autres perdent trop vite leurs couleurs comme le murier ou le catalpa et se recroquevillent sur elles-mêmes comme des boules de papier froissé. Autrefois dit-on les paysans ramassaient les feuilles de châtaigniers pour en faire des litières à leurs vaches ; on faisait aussi des paillasses en feuilles de hêtre. On ne le fait plus. Quand j’étais enfant, j’aimais collectionner les dentelles de feuilles de tilleul dont la cour de l’école était plantée ; après l’hiver le limbe avait disparu, pourri, et ne restait plus que les nervures qui ressemblaient à des gazes très fines . On pourrait ne pas s’en occuper puisqu’on ne les utilise plus. La coutume ici est différente. On emploie des souffleuses pour les amasser, puis des aspirateurs pour les emporter. Cela fait beaucoup de bruit et un travail un peu fastidieux pour ceux qui le font, moins que de les ratisser cependant. On les met dans de grands sacs en papier, avec les aspirateurs on en remplit des bennes. Où vont-elles ? je ne le sais pas. On dit qu’on les composte ou qu’on les brûle. C’est une grande affaire à l’automne dans les jardins, les parcs et les rues. Certains préfèreraient ne pas avoir d’arbres pour ne pas ramasser les feuilles. Imaginez-vous un pays sans arbre ?

J'ai pensé très fort à Henri Michaux, j'aurais aimé arriver à son niveau d'étrangeté et lire aussi bien que Delphine Seyrig, mais voilà on fait ce qu'on peut
https://www.youtube.com/watch?v=enE4c6Gs4n0

A propos de Danièle Godard-Livet

Raconteuse d'histoires et faiseuse d'images, j'aime écrire et aider les autres à mettre en mots leurs projets (photographique, généalogique ou scientifique...et que sais-je encore). J'ai publié quelques livres (avec ou sans photo) en vente sur amazon ou sur demande à l'auteur. Je tiens un blog intermittent sur www.lesmotsjustes.org et j'ai même une chaîne YouTube où je poste qq réalisations débutantes.

4 commentaires à propos de “autobiographies #03 | les feuilles des arbres”

  1. j’aime cette déclinaison des feuilles nourrie d’informations très concrètes et de mémoire sensible. L’inimaginable faillit se produire par ici: une forêt sans arbres. Ils ont tellement abattu l’année dernière dans la forêt de Saint Leu ( la maladie de l’encre )

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