autobiographies #10 | Janis Elles Jane

Elle se cale devant la fenêtre qui donne sur le skyline et la baie de San Francisco. Le soleil fait scintiller le Salesforce building et là-bas, les collines du Marin County. Elle se met le casque bluetooth sur les oreilles. Elle écoute Me and Bobby Mc Gee en boucle à fond. Elle lit les paroles sur son téléphone. Elle entend à peine. Elle est sourde et muette mais Freedom’s just another word for nothin’ left to lose, ça Elle entend, Elle comprend. Elle sort. Elle s’installe sur un banc sur Kite Hill. Elle n’entend pas le bruit de la ville. Elle est hyper attentive, Elle voit tout, Elle veut garder et communiquer cette lumière du bout du monde. Elle photographie. Elle identifie chaque immeuble chaque rue chaque pic chaque pont et Elle envoie les photos au fur et à mesure à sa mère à Paris. Ce soir Elle l’appellera. Elles feront un Zoom en langage des signes. Elle trouve que ces technologies lui facilitent tellement la vie. Petit à petit, la nuit tombe, les immeubles brillent de l’intérieur sans l’aide du soleil lointain. La colline devient noire et en bas, le Castro les maisons s’allument une à une et aussi de l’autre côté de la vallée. Elle regarde. Elle n’a pas peur. Elle sait tout ce qui se passe autour d’elle. Des lumières rouges clignotent un peu partout pas forcément sur les immeubles les plus hauts. Dans le ciel il y a plus d’avions que d’étoiles. Elle est la première de sa famille à venir ici. Elle est venue voir son amie Zo la californienne. Elles se débrouillent pour se comprendre, Elles rient aux éclats de tout et de rien, Elles mangent des glaces. Avant de venir Elle a lu Pride and Prejudice. Elle, son truc c’est plutôt Alice Zeniter, King Kong theorie ou Kaoutar Harchi mais c’était le deal, sans lecture de Jane Austen, pas de rencontre. Elle a pris des tonnes de notes, écrit tant de textes et de réflexions. Elle les fait lire petit à petit à son amie. Elles se parlent de Elizabeth Bennet en faisant courir leurs doigts sur leur téléphone. Elle est fan de Jane depuis qu’elle a fait un exposé sur elle. Elle a vu ce film avec Keira Knightley et ça lui a fait comme la chanson de Janis. Maintenant Elle veut regarder la série avec sa Française. Elle lui a demandé de lire le livre avant de venir. Elle aime aussi beaucoup Emma, la première héroïne de Jane. Emma la fait rire, Elizabeth lui donne courage, l’histoire triste de Janis Joplin lui mouille les yeux et lui donne limite à ne pas franchir. Elle a son Elizabeth à elle, sa tante new yorkaise. Elle va aller la voir l’été prochain. Elle a plein de questions à lui poser sur la beauté et l’indépendance. Elle se construit un univers d’autonomie. Elle marche seule dans sa ville de pic en pic. Elle regarde son amie sourde muette combattante. Elle envie sa manie de ne rien prendre comme du bon pain, comme acquis, de toujours chercher à comprendre ce qui se cache derrière les mots qu’Elle ne dit pas, les images qu’Elles regardent. Elles qi gonguent des nuages dans le jardin secret de Penny Lane. Elle écoute Virginie Delalande, Emmanuelle Laborit. Elle n’imagine pas une seconde que quoique ce soit de ce monde lui échappe. 

A propos de bernard dudoignon

Beaucoup de temps passé en compagnie de la photographie, le cinéma ça va bouger ! Ne pas laisser filer le temps, ne pas tout perdre, qu'il reste quelque chose. Vanité inouïe.

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