#L3 Boyaux

Marche la petite mamie .Ne veut pas . Qu’on l’appelle mamie ne veut pas .Dit que ça fait américain. Veut grand -mère. Comme dans les livres . Comme dans les pages qui s’ouvrent et parfois laissent se lever des silhouettes de carton. Marche . Tire son petit fils. Je le connais il va en classe avec ma sœur celle qui crie là-haut plus fort que la télé. Marche vite. Vue d’ici tout écrasée un peu araignée un peu drôle comme si quatre jambes ou quatre bras. Était maîtresse avant. Il y a longtemps. Devant la ferme des voisins une fille s’est arrêtée . Trop belle. Va pas marcher en crabe . Va pas avoir des bras noirs en trop. Va pas mourir. Va rester là peut être à regarder la route ou à attendre.

La jeune fille est là depuis un moment à présent . Elle semble attendre quelqu’un. J’ai bien failli ouvrir la fenêtre et lui parler. Mais non. Cela ne se fait pas ici. Je vais encore passer pour celle qui ne connaît pas les usages qui en est restée à sa rue arrosée de frais le matin avant que la chaleur replie les vieux dans les salons sa rue de ville de petit quartier. Celle qui ne sait pas que les chemins d’ici courent vers un cœur noir d’histoires de familles. Chemins boyaux. Ils croient que je ne vois rien. Un instant l’Institutrice a levé la tête vers nous. Elle nous a vues l’enfant et moi. Deux silhouettes. La petite à son poste et moi derrière elle. J’aimerais parfois être celle que l’on aperçoit au travail les yeux baissés sur la pâte qui prend celle qui fait voleter la farine dans la lumière de l’après -midi celle qui réveille les chants restés suspendus dans les salles.

J’ai salué une jeune fille. Elle m’a souri devant la ferme vendue. Souvent les inconnus font revivre un visage. Je laisse faire . Parfois l’image advient. Ou pas. L’enfant s’est accroupi tête entre les genoux frottés du brun vert de la marche. Tout à l’heure j’enlèverai les petits cailloux accrochés au sang . Il ne les voit pas. Il arrive que j’aie peur de l’entraîner loin dans ma propre course . Mais non il rit m’appelle veut que je voie aussi quelque chose qui bouge. Je reviens sur mes pas comme font les chiens en campagne vieux corps renouvelé ouvert jusqu’aux remous du ciel de fin d’après-midi.

A propos de Roselyne Cazanave

Née à Marseille, je vis en Haute Loire depuis plus de trente ans. Prof en collège , plus pour très longtemps. J'ai commencé à écrire grâce aux ateliers d'écriture organisés par Anne Roche, à la fac, puis j'ai continué: nouvelles très brèves, poèmes. j'ai un peu publié dans deux revues: Textuerre et Filigrane. L'atelier ''Recherches sur la nouvelle ''a été un vrai cadre de travail. Je continue à écrire sur sa lancée.

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