#été 2023 Estivales

# été 2023 #07bis il n’a pas assez parlé

Il n’a pas assez parlé de cette odeur de sang mêlé odeur de métal d’entrailles débordantes odeur de souffrance odeur de savon liquide odeur de désinfectant qui jamais ne peut masquer toujours dessous l’odeur de miasmes toujours revient l’odeur de pus il n’a pas assez respiré l’odeur du vent son esprit ne peut recomposer l’odeur du vert de l’herbe l’odeur Continuer la lecture# été 2023 #07bis il n’a pas assez parlé

###été 2023#09 La maison où il a grandi

Depuis longtemps, il me demande de venir le voir dans sa maison des G. Au téléphone, lorsque j’annonce la date et l’heure probables de notre arrivée sa femme m’explique le chemin. pas celui mentionné sur l’adresse, la rue de l’église (c’est facile, au bout on voit l’église) jusqu’au bout, puis tourner deux fois à gauche et le chemin du pâtre Continuer la lecture###été 2023#09 La maison où il a grandi

véronique müller #été 2023

  • #été2023 #12bis | retour sur la fiction

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    https://youtu.be/bS5oWxeBbbA

    un peu n’imp. premier essai de vidéo, de lecture. je relis mon texte. 2 x d’ailleurs. en corrigeant… je le referai…

    elle disait qu’elle s’était récemment rendue compte qu’il lui était de plus en plus difficile de croire à la fiction, comme si tout devenait réel. idem, ajoutait-elle, au cinéma : de l’impossibilité de voir un film violent : sur sa chaise c’est elle qui encaisse les coups, qui gémit, qui se projette sur le côté tentant d’y échapper. ou encore : sortir épuisée d’un spectacle de danse. c’est-à-dire : toujours faire corps avec ce qu’il y a, avec ce qui arrive. et donc il lui semble que pour elle la fiction, tu vois, c’est fini. la possibilité d’écrire un livre de fiction, à plus forte raison un roman, tu parles. (je ne vois pas le rapport. tu ne vois pas le rapport. le rapport va venir, il va venir le rapport, il viendra.) alors que justement, alors que de plus en plus, elle en ressent la nécessité intérieure, de la fiction. de quoi croire? oui, à quoi croire. je crois qu’une fiction on y croit. voilà. donc, partout où on dit oin oin c’est de la fiction écartez-moi ça, faites venir la vérité ou pire la science, elle dit mais non, dans son for intérieur elle le dit, mais non, son fort for, n’écartez rien, gardez, gardez tout. bien, là dessus elle ne dira rien de plus. elle, tenez, elle a cru, en Dieu, elle ne s’en trouvait pas mal, ça lui faisait de la compagnie, des discussions. et des sensations en pagaïe? pas tant que ça, non, elle aurait bien aimé, les trucs des mystiques, ça lui aurait plu, mais elle non, rien de ça, juste qu’elle papotait avec Dieu, un peu tout le temps. ça n’est pas si mauvais. ben non, en fait, non. qu’est-ce qui compte finalement? ne pas sombrer dans le désespoir, ça compte, par exemple. pour ma part, je dirais, ça compte. c’est sûr, ça compte. après, y a eu la psychanalyse, toussatoussa. pas jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est ce que je dis toujours, et à raison. mais on va pas s’attarder à ca maintenant on en garde pour plus tard, voila. elle dirait : une fiction au lieu que le vide, une fiction, n’importe laquelle, plutôt que le vide. et ce serait mal dit. une voix dans l’ombre ajouterait de façon presqu’inaudible : c’est que cela viserait quelque chose comme le spectre d’un goulot d’effroi. d’un goulot d’effroi ! d’étranglement. c’est vrai qu’on connaît, faut bien le dire, quand ça s’étrangle. elle essaierait de dire autrement : la fiction comme lien, comme liant, comme ce qui lierait les choses les unes aux autres. elle dirait : la fiction plutôt que le réel, le réel nu, qui n’est jamais vraiment rencontré, qui d’ailleurs parfois manque, manquerait, auquel on en appelle, peut-être ne sachant pas vraiment ce qu’on fait, mais auquel il ne faudrait pas rester trop longtemps réduit. elle dit : je parle de ce qui existe, des choses qui existent, chacune individuellement, les unes à côté des autres, sans que rien ne les lie ni ne les délie, indifféremment. cela existe-t-il? est-ce que tu n’as pas l’impression que cela existe? moi je ne sais plus si cela existe. ce moment où les choses ne disent plus rien. la sorte d’ennui qui en ressort. le rideau que cela jette. mais le rideau, quel rideau. oh ! je ne sais pas si c’est mieux dit. est-ce qu’on aime réel? l’aime-t-on le réel? elle ajoute : je suis liée aux sensations, et je tiens à ce qui me lie. ben oui. à cause de ce sentiment, parfois, de déliaison, voilà. être une chose sans nom parmi les choses sans nom. c’est ça la déliaision. est-ce que c’est ça la déliaision. ben ça va, on a compris, pas besoin de répéter, non? cela n’a pas de mémoire, cela est sans mémoire, cela est non-remémoré. mais pourquoi répéter ça trois fois. mais tu est folle. mais je ferais mieux de barrer. est-ce que les sensations sont réelles? on tient aux mots qui décrivent le réel. c’est ça qui est aimé. je ne tiens pas à la description, je tiens à ce qui parle. il ne faut pas chercher plus loin, dès que ça parle, il y a fiction. il y a l’aspiration du grand silence. mais d’où ça vient ça. c’est ce qui te vient à toi. on dit parole, tu dis silence. c’est ce que tu connais, c’est ce que je connais. tu connais aussi le long parler, la longue parole continue. je connais. et la parole qui s’entame qui se bouscule qui se heurte qui se précipite. tu parles de la pensée, de ses emballements. le recouvrement du vide, la déliaision. il faut alors faire quoi. il est possible de prendre alors une chose et de la décrire. quant à dire que c’est possible. laquelle, quand toutes se valent. la sensation, écrire la seule chose certaine. voilà. la sensation, c’est la certitude. à défaut de croire : ressentir. mon univers de mots ne tient pas bien. il ne tient que par la colle du réel, de la sensation réelle. mal dit. ben non c’est comme ça. face aux choses, se dire : est-ce que cela me fait quelque chose, je veux dire : physiquement. tu mens. je crois que je dis toujours la vérité. sans cette colle, de la sensation, les mondes se délitent. il n’y a plus de monde. c’est là la limite de son intelligence. toujours il faut qu’elle interroge le lien, physique, la sensation, et la sensation n’appartient qu’au présent. c’est là que se perd l’histoire, le temps. dira-t-on la sourde angoisse pourtant du temps qui passe. non. dira-t-on : tu inventes. oui. il faut inventer des fictions suffisamment forte qu’on puisse s’en souvenir quand ça dérape. tu crois que c’est possible? des marchepieds d’où repartir. je pourrais parler des sensations du temps qui m’ont été offertes par la peinture, les musées, la parole de mon père. je pourrais parler de l’endroit, du moment où le temps s’est figé, cet héritage de ton père, oui, la guerre, les camps. alors ça s’est arrêté, pour lui, pour toi. est-ce que tu crois qu’il faut y revenir. non. je ne crois pas. tu pleures? c’est de l’eau. un homme que j’ai aimé le disait : c’est de l’eau. je lui disais : tu pleures, Claude ? Claude, tu pleures ? il disait : c’est de l’eau. c’est comme ça. il pleuvait, il pleurait, c’est de l’eau. c’est la nuit. c’est aussi par là qu’on survit. à le dire, ça : c’est de l’eau. le corps réagit. tu me parleras de l’histoire en peinture? de tout ce que tu veux, tu ne pleures pas pour de vrai. qui le sait. le point de déliaison est aussi le point de liaison. l’ère de l’en même temps. oui.

#7 Préparation du corps

Nous nous préparons à partir. Vers la rue Delanglade où siège le consulat d’Espagne, dans une rue tranquille bordée d’immeubles haussmanniens. Les cocktails Molotov sont planqués sous les blousons. Nous allons jeter les bouteilles sur les murs qui abritent les représentants de la dictature. Celle qui a garrotté Puig Antich. Certains comme moi devaient avoir peur. Les jeunes corps devaient Continuer la lecture#7 Préparation du corps

#Faire un livre #Prologue Rivières et ravines

J’ai demandé à Tonton Odilon de me raconter les rivières. Nous sommes seuls dans la maison à Bergette. Lui dans le jardin, moi dans mes cahiers. Nous parlons peu. Le chat Féfé dort à mes pieds. Tonton Odilon dit que les chats ça guéri. Il faut le laisser et ne pas le chasser. Est ce que j’ai besoin de guérison? Continuer la lecture#Faire un livre #Prologue Rivières et ravines

été2023 #09bis | Journal de Pl

Pl. le 12 août 2023 J’ai disparu. J’ai invoqué un vol de téléphone quand je l’avais simplement jeté dans le fleuve. Il est 18h quand le bus quitte R. et s’enfonce dans la forêt. Le ciel est d’un blanc laiteux. J’ignorais, y allant que ce que j’y trouverais correspondrait très exactement à l’image que je m’en faisais. C’est qu’il nous Continuer la lectureété2023 #09bis | Journal de Pl

#été2023 #07bis | l’odeur du silence

Je n’ai pas assez parlé de cette odeur passée. Les allées venues de la cuisine à la salle, de la terrasse au comptoir. Les effluves de la pêche du jour cuisiné pour les ouvriers à l’heure du déjeuner, la musique, les éclats de voix au jardin embaumant le soleil emmagasiné tout le long de la journée. Servir, desservir, remplir les Continuer la lecture#été2023 #07bis | l’odeur du silence