#anthologie #05 | le corps devant Séraphine

Séraphine porte son corps devant elle. Son corps va plus vite qu’elle quand il faut courir. Elle court après son corps qu’elle n’arrive pas à rattraper. C’est un corps rapide qui lui échappe, un corps encore frêle qui bondit d’un côté de l’autre, zigzague entre les arbres, se dépêche de rentrer à la maison avant qu’ils se rendent compte qu’elle Continuer la lecture#anthologie #05 | le corps devant Séraphine

#anthologie #06 | seul et tes fesses de lune

Tu marches depuis des heures à travers champs. Essouffler la bête, apprendre à rendre l’âme, dégorger le pus – ce qui suinte en dur de la tristesse. Tu cavales à l’intérieur, plus vite que la marche, pourtant t’avances en mécanique dans la broussaille. Le souffle bâtard se fait liquide, humecte les mâchoires, sort et solide, jet d’arums sur le visage, Continuer la lecture#anthologie #06 | seul et tes fesses de lune

#anthologie #07(2) | la baie

La vitesse avec laquelle la lumière remontait; j’avais éteint la lampe, mais, à cause de l’écran de l’ordinateur allumé, je ne pouvais échapper à mon reflet; derrière le vitrage quelque chose tremblait, était-ce mon reflet ou le feuillage qui tamisait la vue en plongée sur la baie; était-ce ma peur de voir venir le jour; sur la vitre les poussières Continuer la lecture#anthologie #07(2) | la baie

#anthologie #05 | l’inquiétude

Une femme qui porte son corps devant elle. Je ne peux m’arrêter de m’inquiéter. Je sens les fourmis dans les jambes. Ça commence toujours comme ça, l’inquiétude. Parfois, je ne sais pas encore quelle pensée est à la source de ce fourmillement qu’il s’est déjà répandu jusqu’à mes genoux. Je les sens qui se tendent, comme pour empêcher qu’il remonte Continuer la lecture#anthologie #05 | l’inquiétude

#anthologie #07 | Nancy

J’entre dans la chambre que l’on m’a attribué, je n’allume pas la lumière électrique, je m’installe, je branche l’ordinateur, j’écoute la consigne, il fait un sombre homogène, mon attention est flottante, l’odeur de refermée me plaît, la lumière se réchauffe et puis rapidement fonce, ça s’éclaircit à nouveau et ça s’assombrit, il est 19h30, quelques nuages traversent le ciel sur Continuer la lecture#anthologie #07 | Nancy

#anthologie #07(01) | un lampion

on attendait la nuit, le grand noir du ciel bleu-noir, on se disait pourvu qu’il ne pleuve pas, car tout serait gâché – et il pleuvait parfois- ; il y aurait la fanfare, les bonbons sur le port, et le dessert qu’on mangerait en rentrant en s’éclairant à la bougie pour faire durer la fête. Comme pour la pêche – Continuer la lecture#anthologie #07(01) | un lampion

#anthologie #07 | aubade concrète

Chaque matin, c’est d’abord par l’ouïe que je m’inscris dans le monde. La rumeur matinale qui entre par la fenêtre fait vibrer mes résonateurs. Aujourd’hui, vers six heures, les martinets ont commencé leur samba. À la tonalité de leurs sifflements, je devine s’ils frôlent les murs des quatre bâtisses avoisinantes ou s’ils s’en éloignent d’un battement d’aile. Plus bas, plus Continuer la lecture#anthologie #07 | aubade concrète

#anthologie #07 | Tunnel

Comme Franz Kafka le quatre octobre mille neuf cent onze au soir, je suis installé sur mon canapé dans un début d’obscurité enveloppante. Une nouvelle lumière obscurcissante éclaire tout ce qui dans la pleine révélation du jour tendait à s’effacer. Les objets qui il y a encore quelques minutes étaient entiers, lentement se décomposent. L’accoudoir du fauteuil résiste à l’enveloppement Continuer la lecture#anthologie #07 | Tunnel

#anthologie #7| perdre pied

Comme si nous étions à l’heure des métamorphoses. Et insidieusement le jouet d’un songe. Quand le temps se dissout à la lumière du soir, quand toute forme devient instable, quand les images se décomposent et que les ombres se font étoffe, les feuilles coquillages, les arbres des silhouettes en marche, les fauteuils des monceaux de nostalgie, les livres des sortes Continuer la lecture#anthologie #7| perdre pied