#P4 je voulais rien voir

Je suis resté là, près de lui, j’ai pas bougé, j’avais froid, je voulais bouger aller chercher un truc une palette, quelque chose pour me poser dessus,  je suis resté là, j’ai pas bougé, c’est con j’avais peur que… qu’il se barre, je voulais pas rester … je… ma tête sur mes genoux, je voulais rien voir, plus rien voir, Continuer la lecture#P4 je voulais rien voir

#P3 – Dîner-conserve

Ce soir nous sommes seuls pour la première fois dans la maison familiale. Nous découvrons alors un plaisir nouveau, une liberté jusqu’alors méconnue, celle de fixer soi-même l’heure du dîner ainsi que le lieu de sa dégustation. Pas de menu imposé, personne pour dire quand et où manger. Faire ce que l’on veut, quand on veut. Nous grignotons beaucoup de Continuer la lecture#P3 – Dîner-conserve

#P1 | Perec, lieux où on a dormi

Dix alinéas ou versets, peut-être seulement une énumération que l’on pourrait dire brute de décoffrage pour ne pas trop rentrer dans le souvenir, juste l’effleurer sans souffrir ou rire, suivant le lieu. En désordre comme cela surgit, Une chambre avec une cheminée en marbre noir, un berceau d’enfant, un parquet aux lattes disjointes et cette phrase terrible, quand on y Continuer la lecture#P1 | Perec, lieux où on a dormi

#L4 | Tatouage(s)

On en parlait souvent avec les collègues, de l’immense difficulté à s’exprimer sur des livres aimés, l’impression féroce de se mettre à nu, et que franchement, à leur âge, on aurait vécu cette impossibilité ce refus de dire, les mensonges à débiter pour raconter ce qui était bien d’avoir goûté, investi, digéré. Et puis, il y a eu les échanges Continuer la lecture#L4 | Tatouage(s)

#P4/ Alors comment te dire

A l’assaut                 Un petit groupe d’amis dans le parc, ou bien une réunion entre collègues, autour de la grande table de l’open space… Il ou elle a sans doute commencé par J’ai pensé que … . a, nous l’imaginons, pris de nombreuses précautions, J’ai pensé que, peut-être… , Enfin je me suis dit, que peut-être, on pourrait . Et tout d’un coup… a Continuer la lecture#P4/ Alors comment te dire

#P4 / « et j’te raconte pas… »

— Merci— Pas de souciChaque fois que je dis merci pour un café servi en terrasse, une porte retenue, un paquet remis, j’ai la même réponse : « pas de souci ». Certains osent même le « no souçaye », plus anglophone. Comme si je me faisais du souci quant au service rendu. Ou alors ce « pas de souci », ou sa version anglaise, remplace feu Continuer la lecture#P4 / « et j’te raconte pas… »

#L3 | Chemise blanche

Voisine.
Sa chemise est repassée. Je me demande si c’est lui qui repasse ses chemises. Oui ça se fait. Des hommes. Maintenant. On aurait pas eu idée. Impeccablement. Méticuleusement. De la même façon qu’en ouvrant le verrou, comme pour ne pas l’abimer. Venir ici en chemise blanche repassée, boutons de manchettes et tout. On n’aurait pas idée. J’ai mal aux jambes, l’infirmier doit passer, nouveaux bas de contention. Bien longtemps que je n’ai plus rien repassé. A quoi bon ?
 
Plâtrier peintre.
J’ai repeins sans poser de questions, ça se voit qu’ils ne sont pas manuels ici, m’appeler pour un mur, un seul. Oui il y avait ces tâches. J’en vois tous les jours des murs, de si près que les grosses tâches ne m’abiment plus les yeux, je reste fixé sur le grain, rouleau, pinceau, c’était rien à faire. Payé double pour un mur si petit. Sont pas bien doués, se salissent pas les mains, endimanchés tous les jours. Même ici. Mais tant qu’y a à faire, moi c’est pas mon problème. 
 
Elle.
Il ne m’a pas écouté, toujours trop pressé. Mais qu’est-ce qu’il croit ? Ah oui, Monsieur a étudié, Monsieur est plus malin que tout le monde, Monsieur ose y aller…Avoir une clé ne fait pas tout. Tu l’as eu ta clé, tu es rentré. Débrouille-toi. Habille-toi, je t’avais dit non pas comme ça.. Ces lieux endormis ne collent pas avec ton assurance. Je le sais, mais tu ne veux pas entendre les voix souterraines, les boulevards bien évidents rythment ta vie, tu t’y perds. Il ne faut pas entrer par la grande porte. C’est trop tard maintenant.
 
Bûcheron. BègueMais il pense sans heurts
 Eux… Jamais payé le bois de l’hiver dernier. Mourir d’accord, mais les autres ? Famille, héritage, je ne sais pas, va falloir que j’y aille voir.  Il ne m’a pas remarqué, c’est toujours comme ça, je sais que je me camoufle. Les bois, ça me va bien. Mais une stère est une stère. L’air trop citadin celui-là avec ses souliers vernis, sa chemise blanche et son sac en bandoulière, pas lui qui rentrerait le bois, pour sûr. 

#P4 | on ne les entend pas

c’est bien simple, les filles, on ne les entend pas ! et les filles, l’aînée surtout, de sourire et de rougir… ce qu’elles sont sages ! c’est incroyable ! et les adultes de sourire en retour à ces sourires si sages, si muets, si reposants d’enfants modèles…une main que l’on passe sur les cheveux…des regards entendus et satisfaits… et l’ainée de goûter à Continuer la lecture#P4 | on ne les entend pas

#P4 Tu vois c’que je veux dire ?

La discussion était agréable et puis tout à coup ce Tu vois c’que je veux dire ? … Est-ce qu’il est en train de me tester ? … Est-ce qu’il cherche mon empathie ? … Un oui timide de ma part relance son discours … ah finalement ce petit oui suffit, pas la peine de développer, faire rebondir la discussion, inutile de lui Continuer la lecture#P4 Tu vois c’que je veux dire ?

#L4 « Selon la vie qu’on a, le vers lui emboîte le pas »

Vers d’Alexandre O’Neill, un poète portugais. On pourrait d’abord penser en lisant ses poèmes qu’il porte un regard particulier sur la ville, mais c’est de tout autre chose qu’il parle. C’est un rire en ricochet, poésie en trompe l’œil. Plus on lit, plus on lit autrement (« Défais-toi de ces rimes qui si bien terminent, brioches des sots, tords-leur le Continuer la lecture#L4 « Selon la vie qu’on a, le vers lui emboîte le pas »