#rectoverso #05 | 45 ans et des poussières

Je manque ici d’instantané. J’aurais voulu écrire avec quelque chose de moins personnel. J’aurais voulu éviter d’ouvrir le paquet de mélancolie qui menace cet exercice, qui l’éloigne tant du travail de Joy Sorman. Je renonce. La maison est encore là, rôde. Des avants et des après la rythment sur quarante-cinq ans, on en trouve des morceaux un peu partout ici Continuer la lecture#rectoverso #05 | 45 ans et des poussières

#rectoverso #05 | Un parent aurait pu vivre ici

Recto Je baisse mes vitres dans l’espace d’un doute. Sur le bord de la route en train de déposer son sac-poubelle, Alexandre. Canne, l’œil bleu céleste, quatre-vingt-dix ans. La pente est raide. Je m’engage, rétrograde en première vitesse. Virage à gauche, un air frais traverse l’habitacle. Un gros matou noir pique un sprint pour se perdre vers les roseaux devant Continuer la lecture#rectoverso #05 | Un parent aurait pu vivre ici

#rectoverso #05 | Une porte rouge

On disait la porte rouge ; cette porte qui était rose à l’acquisition de la maison; un rose poudré qui passerait à l’éclat d’un rouge de Chine: changer la couleur c’est une façon comme une autre de dire bonjour ; une porte avec des moulures à l’ancienne et une petite fenêtre de verre granité mobile encagée derrière des enluminures de Continuer la lecture#rectoverso #05 | Une porte rouge

#recto verso #05 | une amitié

Des heures : on se dit tout hein, en gardant des secrets : un peu, Oui, forcé. Ne faire qu’un seul corps en restant deux. Échanger. Partager. Je combats ma paresse pour être à ta hauteur : livres de géologie, atlas – au début je me force – , j’apprends la morphologie des baleines; nous partageons mon goût pour la Continuer la lecture#recto verso #05 | une amitié

#rectoverso #02 | Dissoute

À ce stade de la nuit, je ne sais plus qui je suis. Je prépare machinalement de quoi dîner pour ne pas avoir faim plus tard. La journée est passée sans un appel téléphonique et je n’ai vu personne. J’avais noté au réveil ce que je devais accomplir. Étendre le linge. Ranger la vaisselle. Passer l’aspirateur. Faire mes comptes. J’ai Continuer la lecture#rectoverso #02 | Dissoute

#rectoverso #05 | les sacs d’urine

Est-ce que c’est la bonne adresse ? la question entière vu l’autour, la dégradation, l’inhabitable supposée. Les yeux septiques observent. Les quatre premiers étages sont murés. Autour l’immeuble, à ses pieds, des matelas, des meubles, des poubelles, jetées par les fenêtres. Un tas d’ordure, monceau, montagne, déchetterie improvisée comme jeté des étages, comme débarrassage, comme déménagement express non pris en charge Continuer la lecture#rectoverso #05 | les sacs d’urine

#rectoverso #04 Indicible

Quelque chose du translucide de l’être traverse les pétales de rose sur la table et tendrement s’évade. Bobin. Le bruissement du dedans transparait dans la beauté d’une oreille qui m’est spécifiquement adressé. Murakami. La vibration du vivant tremblote dans une fleur de chardon entre deux tranches de béton. Étancher la soif inextinguible d’être. C’est la substance de la trame et Continuer la lecture#rectoverso #04 Indicible

Il y a l’obscur, si je m’en souviens bien

Il y a le soleil qui se lève à l’Est et des êtres humains agités à l’Ouest.il y a la cigarette jetée par la fenêtre de la voiture, dechet de rien, anodin, incandescent. Il y a un vent léger. Il y a celui ou celle appelé les gens quand on se sait pas de qui de quoi on parle. Il Continuer la lectureIl y a l’obscur, si je m’en souviens bien

#rectoverso #05 | CP à CM2

Les bâtiments sont immenses bien sûr. En bas à droite, si on se situe dos à la rue en haut de la cour, il y a le CP. Il est près du préau immense et des toilettes avec le savon jaune roulé autour du porte-savon. Le premier souvenir est dans la classe d’après, de l’autre côté du préau. Un CE1 Continuer la lecture#rectoverso #05 | CP à CM2

#rectoverso #02 | des nuits

VERSO RECTOà ce stade de la nuit, personne ne me réveillera. Pas avant de croquer les bonbons. Tous. Ma grand-mère dit que ce qu’on fait dans les rêves, ça n’existe pas. La nuit serait un livre qu’on lit avec les dents. J’ai du caramel entre les molaires, du sucre dans la gorge. Tant que je dors, tout peut exister. Même Continuer la lecture#rectoverso #02 | des nuits