
1/ D’autres l’ont fait
Force de rester debout
Et face aux gosses de garder une foi dans le monde
De s’élever, de combattre ou de résister
Parce que pour nous,
D’autres l’ont fait
2/ On pourrait pas manger quelque chose de joyeux ? On mange trop si on mange toujours joyeux. Manger sucré la nuit, manger salé le soir et ne rien manger le matin. Manger des œufs durs mayonnaise le plat le plus haut placé par le grand oncle, en balance avec la cacahuète grillée nature. Manger plus qu’à sa faim. Manger tout son plat parce que d’autres ont faim. On était dociles à entendre ça sans argumenter. On croyait encore aux parents. On était sages. On mangeait.
3/ Sur la plage un attroupement. Une femme échevelée en maillot deux pièces rouge crie en tirant un grand ado sur le sable mouillé. Elle n’y arrive pas. Deux hommes se précipitent pour l’aider. Elle demande un médecin. On est tôt le matin. Elle commence le bouche-à-bouche.
Je m’approche avec ma mère qui écarte les gens je la suis. Elle dit qu’elle sait, on ne sauve pas un noyé par le bouche-à-bouche, la femme s’écarte vivement. Ma mère demande une planche et qu’on mette l’ado dans l’autre sens à plat ventre la tête vers la mer. Elle lui tourne la tête sur le côté et se positionne à califourchon sur lui. Elle appuie fortement sur les côtes, cela demande beaucoup de force on voit qu’elle pèse de tout son poids. On glisse une planche sous le buste. Je ne me souviens plus de ses gestes mais je vois l’eau sortir par la bouche du noyé. Par petites salves. Sans doute qu’elle appuie trois fois et attend. Je suis tout prêt car je ne veux pas perdre ma mère. Je ne devrais peut-être pas voir. Soudain la femme en maillot dit qu’il respire. Il va s’en sortir ! Ma mère dit oui et continue.
On voit arriver les pompiers au bout de la plage et l’ado a des convulsions. Il est épileptique dit la dame en maillot rouge il a fait une crise dans l’eau. Ils courent et l’ado cesse ses convulsions. Il retombe soudain à plat sans bouger. Ma mère s’écarte et laisse la place aux pompiers.
Je l’avais ranimé, leur dit-elle. Le cœur était reparti et de l’eau avait été évacuée. Mais il a refait une crise. Les pompiers entourent le jeune et nous sommes écartés. On ne voit plus la femme au maillot rouge. Aurait-elle pu remercier ? Ma mère me prend par la main nous sortons du cercle elle est abattue. Je lui ai cassé des côtes, dit-t-elle et il était vivant. Je ne pouvais rien faire contre l’épilepsie. Elle ne parle plus. Je sais sa tristesse et que le garçon est mort. Pour une fois je donne la main. Pour une fois je suis sage.
4/ Aux Mourres il y a des tonnes de voitures. De visages corps gestes voix. Jeunes vieux enfants hommes mûrs et noueux femmes enrobées pas de vieillards. Sacs-à dos bouteilles d’eau pique-niques vin bière soda. Il y a un kilomètre de voitures garées où elles peuvent et un kilomètre de voitures non garées. On ne se croise à deux voitures qu’au pas en évitant les fossés. En évitant également le précipice. À tous on a dit vous ne verrez cela qu’un fois dans votre vie. Vivre c’est donc voir cela. Mais il faut se garer. Les Belges sont rouges, les Hollandais sont blancs et traînent beaucoup d’enfants, les locaux ont les bras bronzés jusqu’à la manche du tee-shirt, les paysans à casquette ne se sont pas déplacés. Certains ont les lunettes depuis longtemps d’autres ont passé trois jours de vacances à en chercher. Le marchand de journaux chauve et ventru a perdu son œil rigolard dans l’affaire des lunettes. Il comprend le harcèlement. Une vieille dame en robe à fleur cherche où poser ses semelles orthopédiques dans les cailloux. Un gosse en short bleu pâle chute sur une racine et pleure peu car les autres en profitent pour le distancier. Les autres sont plus grands et escaladent un rocher. Pour voir s’ils verront. Sur le chemin de randonnée on se dépasse l’air de rien. Par familles entières ou par bandes le groupe moyen est de cinq. Personne n’est seul. Les seuls regardent à la télé en tongs ou en tatanes. Les chanceux sont sortis des voitures, ils sourient. Sur le goudron les familles joyeuses ralentissent les automobilistes. Les parents vont devoir à la nuit tombée surveiller leurs portées qui s’égaillent dans les rochers. Dans les voitures derrières les lunettes de soleil les visages sont crispés. Il n’y a pas de coude décontracté sur les portières. Les habitacles sont clos, il y a la clim et la mamie derrière.
Assis au sommet, les voix de la foule se disséminent dans l’espace. Les rires et les aigus des enfants dominent. Couple dîner sur l’herbe, la femme assise, l’homme allongé appuyé sur un bras. Jeune homme avec casque assis en tailleur travaillant sur ordi avant l’éclipse. Deux punaises rouges à rayures noires copulent sur un chardon. Un homme debout immobile tourne le dos à l’horizon et scrute les fourrés. Certainement qu’il pense. C’est l’endroit où l’on cueille un brin d’herbe pour mâchouiller, sans réfléchir au caca de renard. Ce serait la destinée pas le hasard, à coup sûr la malchance. D’ingérer des parasites de caca de renard. Un homme lourd s’assoie sur une pierre casquette noire barbiche grise tatouages aux biceps. On se demande si c’est pour que l’on regarde les tatouages ou les biceps. Oh non je peux pas y a des sauterelles dit à sa mère une ado aux ongles en plastique démesurés. Tous les couples et les familles semblent en harmonie, sauf un : la femme à un bout du plateau l’homme à l’autre bout du plateau chacun avec un enfant. Tout à l’heure ils essaieront de prendre une photo mais les enfants font la gueule.
5/ Problèmes
la file de l’encombrement
l’infini de la file de l’encombrement
la répétition de l’infini de la file de l’encombrement
l’analyse de la répétition de la file de l’encombrement
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le partage du brouillon de l’écriture de la question du lieu du jour
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la discussion du problème du partage du brouillon de l’écriture de la question
l’annulation de la discussion du problème du partage du brouillon de l’écriture
la décision de l’annulation de la discussion du problème du partage du brouillon
le report de la décision de l’annulation de la discussion du problème du partage
Beaucoup aimé votre « D’autres l’ont fait » et votre scène de plage. Merci !
Terrible ton numéro 4 et bravo pour ton numéro 5, merci beaucoup.
Bonjour Valérie,
Un monde adulte plein de férocité mais à qui l’on doit, la scène sur la plage prend aux tripes, celle annonçant l’eclipse fourmille, loin du « début de la séance de l’analyse de la répétition de la file de l’encombrement », on est dedans, on te suit,
Cat