autobiographies #02 | couches, poubelles et Chocapic

Pierre est dans la chambre d’hôpital d’à côté, il ne veut pas pisser couché, c’est quand même pas Dieu possible qu’on ne comprenne toujours pas, ces bonnes femmes en uniforme, elles sont gentilles mais sur la pisse, pas moyen. Il sonne, ce n’est jamais le bon moment, on a des priorités monsieur, l’Urinal est sur votre table de nuit, cessez de sonner. Elles le menacent en brandissant des Molicare Slip Super Plus XXL. Pierre a toujours pissé dehors, dans la mesure du possible, éviter les WC, pisser à la fraiche, contre un arbre, contre un mur, à toute heure, dans tous les états, privilège du sexe. Pierre, l’homme de la chambre d’à côté, résiste en criant mais finit par se pisser dessus, en pleurant. 

Elle pourrait s’appeler Josiane, ou Marie-Thérèse, un prénom du coin, un prénom de ce temps où ses parents, fiers fermiers des alentours, l’auraient baptisée sous un de ces noms à l’Église, en lui souhaitant le meilleur, Dieu veillerait, on était pieu, sans penser ce jour-là qu’elle, la petite devenue vieille, graviterait toujours non loin de là, la place, l’Église, les HLM, mais sale et réduite aux poubelles, sous les yeux de ceux qui l’avaient toujours croisée dans la ville. Marie-Thérèse n’y pensait pas quand elle fouillait les poubelles en bas des HLM de coin, elle saluait tout le monde avec un sourire égal et édenté, un masque jauni par la crasse, puisqu’il fallait en mettre un, elle avait fait l’effort, mais ce masque, avec les jours, s’était fait le témoin de sa misère, qu’elle promenait, joyeuse, de poubelle en poubelle.

Chaque matin, David, jeune auto entrepreneur dynamique à la tête d’une boîte de comm’ en plein essor, place son bol de céréales Chocapic dans le micro-ondes, 55 secondes, pas une de plus, avant de déposer sur le bol tiédi une feuille de sopalin, pour éviter les mouches. David n’habite plus à la campagne mais au 8ème étage d’un immeuble sans mouches, David n’a plus 8 ans, l’âge moyen où l’on doit sûrement manger le plus de Chocapic, David a 41 ans, il mange toujours des Chocapic quoi qu’on en dise. Il a conservé ce geste de la campagne, mettre une tranche de sopalin sur le bol de céréales Chocapic, qui ramolliront à l’abri des mouches inexistantes pendant qu’il prendra sa douche dans l’ appartement aseptisé en compagnie de l’enceinte dernier cri à la voix suave, sa seule compagne, à qui il commandera des chansons aux promesses dynamisantes, comme son gel douche, et pendant que les mouches fantômes roderont dans son esprit et que les céréales Chocapic gonfleront lentement dans le lait, sous la feuille de Sopalin protectrice.

A propos de Marie-Caroline Gallot

Navigue entre lettres et philosophie, lecture et écriture.

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