Cri

DU SEUIL      le couloir s’enfuit        suit la mosaïque dorée du parquet éraflé      parcourue cent mille fois de l’enfance à ce jour      porte vitrée  au bout      toujours ouverte       on aperçoit l’enfilade en teck foncé       les bibelots dessus       le paradoxe de ces bibelots        dans logement social        mais là      CRI  là dans l’encadrement de la porte       quelque chose ne va pas         quelque chose       d’inhabituel         CRIE sans savoir encore pourquoi         sa tête  penchée       en arrière sa tête déborde du divan qu’on ne voit pas      lumière jaune de fin d’après-midi sur ses cheveux       GRIS       le bandage qui tient sa mâchoire      Marat assassiné      cherche Charlotte       ne vois pas       pas tout de suite       la morte

A propos de Catherine Plée

Je sais pas qui est je, je arrive pas à dire je, ni écrire je, ce n'est pas du jeu de devoir faire une bio quand on sait pas qui suis-je ? Quelqu'un quelque part, je crois, qui aime écrire, semble-il, et puis bien contente de retrouver la bande des dingues du clavier...

11 commentaires à propos de “Cri”

  1. J’aime beaucoup, c’est surprenant l’apparition de Marat. Texte court qui me fait basculer d’un coup.

  2. ah merci Rudy ! Marat la tête bandée, (pas la mâchoire, j’en conviens 😉

  3. Merci de votre lecture surprise, Françoise, vous me faites voir quelque chose que je ne voyais pas

  4. Que dire ? Une description qui entraîne là où on ne veut pas vous suivre et qui telle prend son sens et sa force, et voilà l’image universelle plantée en nous, épinglée… Quelle force ce texte court ! Merci Catherine.

  5. Merci Anne de votre fidélité et de votre commentaire, pardon pour le coup d’épingle…

  6. Et si on veut une suite à ce texte, on peut réclamer ? Ca sent le bon polar. Charlotte, pourquoi, comment, qui est-elle ? Et de la force dans cette brièveté.

    • Charlotte Corday qui a tué Marat. Bon je reconnais que c’est peut-être tiré par les cheveux …on verra. Un polar ? mais quelle drôle d’idée !

  7. Très cinématographique. Fulgurance. Quelque chose aussi du ha¨ku sans doute à cause de la brièveté du propos, de sa force, de l’impact laissé.