EXPÉRIENCES DANS LE MONDE SANS PENSÉES

Disparaître les pensées. Existe un monde sans pensées où il est possible d’aller sans encourir de risque grave.

Disparue. Durée inquantifiable. D’abord tenir. Tenir. Se répéter de ne surtout pas lâcher et puis plonger. Quand le temps est venu, plonger enfin, enfin, plonger dans l’instant où plus rien ne se réfléchit. Les idées ont été chassées, les sensations opèrent en dehors de la pensée, apparemment les méninges n’ont plus prise sur la totalité de l’être. Sousesprit en pleine action. Un trou noir. Un oubli. Un abîme, ni doux ni violent. Une traversée du rien. Un passage dans le néant. Un flottement du corps complet. Oser plonger. Oser oublier, ne plus se connaître, ne plus rien connaître. Tout était noir. Tout était rien. N’ai rien senti. N’ai rien vu. N’ai rien entendu. A peine. Qui guide quoi ? être allée quelque part et n’ai rien vu. N’ai même pas vu où suis allée. N’ai même pas entendu ce qu’ai dit. Pas entendu. Rien. Rien vu. Rien j’ai vu. Rien entendu. Tout était noir. C’est là le seul souvenir. Un temps sans durée. Sans rien à toucher. Tout sembla si soudain. Tout oublié et les autres tout autour ont profité du corps circulant, du corps libéré de la volonté, la voix tâtonnante transperce et tranche autour, s’offre à tous, le corps guidé par là-bas, le corps se souvient, le corps suit les traces, l’animal s’est fait. 

Substance inconnue. Le monde sans pensées est vaste et certaines zones dangereuses risquent de mener à une déperdition fatale 

Le corps est replié sur lui-même. Les jambes croisées. Le dos voûté. Les bras serrés, entortillés essayent de tenir quelque chose. Tenir à soi pour ne pas sombrer à l’intérieur du corps. Tendre les muscles pour ne pas chuter au-dedans. Le corps posé sur le bitume, au milieu du chemin. Le plus dérangeant ce sont les visages des personnes qui regardent vers le bas, vers le corps qui se balance sur le sol. Les personnes saines d’esprit et leurs visages apeurés par le corps idiot qui se balance sur le sol. Tenir tenir, cette fois ne pas lâcher. Surtout ne pas lâcher. Parvenir à regarder au-dehors, accrocher ses yeux sur la rambarde du pont. Le petit pont faussement vieux, faussement voûté, tout ment ici. Tout autour les visages inconnus ne sont d’aucun réconfort. Seule une voix amie. Un autre corps en face perché sur la rambade. Un corps ami. Un corps de sauvegarde auquel il est possible de se fier. Tout autour c’est la nuit. Se poser sous les lampadaires blafards pour avoir un peu de clarté. Les instants de plongée sont des noyades. L’hallucination se détache sur un fond infiniment noir. Tenir tenir pour ne pas que se rompe la corde tendue à l’extrême. Tendue dans cette nuit sans astres, nuit terrible. Oscille une lame large et tranchante. Elle frappe la corde. A chaque secousse, tenir. Tenir tenir. Ne pas que la corde se rompe. Le ventre effrayé. Viscères effarées. La pâte lourde et lente sous l’occiput. Se concentrer au maximum pour tenter de contrôler cette foutue lame, tranchante, métal argenté, un son sourd à chaque coup, toujours plus lourd toujours plus dur à contenir. Se laisser aller serait sans retour. L’esprit perdu serait perdu pour toujours.

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