hors-série #voix ses chansons

Cette voix-là, un peu partout mais d’abord peut-être surtout d’abord dans l’appartement de L. (le lac, le jet d’eau, le ciel d’été) on l’entendait et on l’imitait, on faisait une espèce de spectacle, c’était en soixante deux peut-être bien cette espèce de spectacle que font les enfants car jamais le ridicule n’a tué – une espèce de karaoké (ça n’existait pas – mais lui chantait, non je ne me souviens plus mais il s’agissait certainement d’un tourne-disque) – il avait un rôle dans ce film dans ces années-là – mais non, on n’allait pas au cinéma encore sinon une fois par an, à Noël peut-être (la Belle Américaine je me souviens au Picardy et le cheveu sur la langue de Robert Dhéry – et sa Colette Brosset) – il y avait pas mal de bruits aussi sur ses frasques, plus tard sur ses avanies fiscales puis sur ses vestes aussi, mais sa voix, cette voix là éraillée peut-être abîmée quelque chose à protéger sans doute puisque sans puissance comme il est dit, et lui, petit malingre (ses gestes aussi, dans « Les deux guitares ») (“afin de couvrir la voix qui dit à mon âme…”) plus tard ce seront ses « cols mao » qui feront jaser (“toi vêtue en indienne et moi en col mao.ooooo”), rire, se moquer – ses frasques ses mariages sa voix toujours ses chansons, l’amour l’homosexualité mais les femmes d’abord beaucoup, physiques toujours et lui qui en fait toujours des tonnes et sa voix – ses chirurgies esthétiques, le nez, les cheveux, le reste qui sait ? comme il dit – souvent souvent je l’ai chantée, cette voix était là, souvent quand O. disait « Pierre ta chanson » je me levais et y allais du « c’est drôle/c’que t’es drôle à r’garder/t’es là t’attends tu fais la tête/ » ou ce «…en haut de l’affiche/en dix fois plus gros/ que n’importe qui/ mon nom s’étalait » parfois au cinéma ensuite (le Kachoudas de Chabrol, ce genre de type qui ne ressemble à rien – on aurait dit Omar Sharif – en plus petit certes) (en mieux, c’est pas certain – mais cette présence, là) – et surtout surtout cette façon de rire très légèrement (elle était d’abord tragique, sa voix, geignarde, plaintive et souffrant parce que blessée, trahie tout ça…) en disant à la fin de son tour de chant (on disait tour de chant alors) porte Maillot comme toujours salle comble fin du siècle dernier au dernier refrain, parlant (derrière lui, l’orchestre tourne, tranquille et sûr, quelques mesures) : « … Je dois vous avouer que j’ai été une fois de plus ravi d’être parmi vous, ce soir encore, je voudrais encore vous dire merci pour votre présence ici ce soir merci pour votre fidélité et à un de ces jours peut-être qui sait ?… en attendant bonsoir, et que dieu vous protège » le sourire sur le vœu des quatre derniers mots derniers mots (je vous les donne aussi) (lui mettait sans doute une majuscule au deuxième) – il reprend sa chanson ses gestes sa veste noire impeccable les lumières les couleurs le chef d’orchestre qui s’agite dans son smoking lui qui salue, profondément longuement puis sort et l’orchestre continue (les choristes lalalalala) etc. puis revient salue… à tout rompre ça applaudit et encore avant le rappel etc etc. (les paroles qu’on entend aussi ici)

Puis là ces mots tirés du wiki :
il chantait en français anglais italien espagnol allemand arménien napolitain russe kabyle on lui donnait du « divinité de la pop française »
voix nasillarde, manque de puissance vocale ; irrite ; petit homme petit chanteur ; voix brisée (une corde vocale paralysée) on l’appelait par dérision « la laryngite »
« je chanterai pourtant, quitte à m’en déchirer la glotte » disait-il “le brouillard qui voile mon timbre ” disait-il
1953 tournée au Maroc Algérie Tunisie et « Sur ma vie » commence sa célébrité

cette voix-là

A propos de Piero Cohen-Hadria

la bio ça peut-être là : https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article625#nb10 et le site plutôt là : http://www.pendantleweekend.net/

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