#L3 chaud froid

Francine : Je n’aime pas ramasser les groseilles. D’abord, elles s’écrasent entre les doigts. Et puis, dans les groseilliers, il y a des bêtes. Ça fait du bruit. Des bruits d’avion, des petits craquements. Voilà maman qui arrive ! Elle ramène une petite sœur. Je veux la voir.  Grand-mère Taja a dit qu’il faudra faire attention car les bébés sont très fragiles. Quand j’étais née, j’étais toute petite, toute maigre. Aussi grosse qu’un suppositoire. C’était l’hiver, il faisait très froid et maman n’avait rien à manger. Elle était maigre. Papa m’a réchauffé entre ses cuisses. Heureusement, la petite sœur est née pendant l’été ; comme cela elle n’aura pas froid. Le cheval doit aussi avoir très chaud. J’aimerais le toucher mais Grand-mère va me gronder si je cours dans l’herbe sans chaussure. Je veux voir le bébé.

Taja : Ah bon sang mais quelle chaleur ! Voilà Yvonne qui arrive ! Finalement l’accouchement aura été rapide. Je suis sûre que c’est une fille : Yvonne avait le ventre bien rond et un ventre rond, c’est une fille tandis qu’un ventre pointu, c’est un garçon ; il faudra prévenir William pour qu’il puisse obtenir une permission. Déjà deux petits nés pendant la guerre ; l’un pendant l’exode l’autre en hiver et celle-là, la troisième, par un beau jour d’été. Heureusement qu’on aura de quoi la nourrir cette petite : le jardin a bien donné cette année. Un souci de moins.

Le cocher : Allez Flora, plus que 500 mètres , on y est presque ! la maison n’est plus très loin. Ce soir ; je bouchonne et te baigne comme il faut; la maison, c’est la blanche là-bas au fond de l’allée : la propriété des Leroy. Des notables Cette petite dame là, je ne l’avais jamais vu avant : ce doit être l’épouse d’un des fils. Les fils Leroy, c’est quelque chose ! prétentieux et nerveux avec ça. Je les ai fréquenté étant petit – mais aujourd’hui il ne me regarde même pas : médecin de père en fils alors forcément cocher c’est pas assez bien pour lui. Elle a l’air fatiguée cette petite dame. Elle n’est pas épaisse, 50 kilos tout mouillé ; elle a pas dit un mot du voyage. Moi, ca me rend timide les bébés. Il faudra que je pense à bouchonner la jument ce soir et à bien la baigner.

A propos de Geneviève Flaven

Je suis née à Paris en 1969. En 2001 à Nice, j’ai fondé une agence de conseil en design puis suis partie à Shanghai pour développer mes activités. Le départ en Chine m’a mené vers l’écriture et la publication. Depuis mon retour en France en 2019, je me consacre à la création et à l’animation de projets collaboratifs de théâtre documentaire. Théâtre : The 99 project (http://www.the99project.net/ ) Blog : Shanghai confidential (https://shanghaiconfidential.wordpress.com/)

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