la fabrique | Deux semaines d’atelier sur la ville

Je sors tout juste de deux semaines d’atelier avec des classes de 4e d’un collège de Livry-Gargan en Seine-Saint-Denis. C’est la première fois que j’anime des ateliers sur une période si courte et de nombreuses réflexions sur ma pratique me trottent dans la tête. Envie de parler de tout ça alors que l’expérience vient juste de se terminer, que mes impressions sont encore vives et désordonnées.

J’avais déjà animé des ateliers en milieu scolaire sur le thème “Ma Ville : Mode(s) d’emploi” l’année dernière. En tout j’aurai conduit ce travail avec 3 classes de lycée pro et 4 de collège. Première réflexion : avec la maîtrise d’un thème vient une plus grande confiance (heureusement) mais vient aussi un vague sentiment de répétition, un début d’ennui. A l’avenir nous tâcherons donc de ne pas trop souvent proposer la même chose aux financeurs, même si le confort d’un atelier éprouvé est un repos pour qui, comme moi, est anxieux de toute chose.

Le plus formidable dans la forme condensée des ateliers : le lundi 9h tu rencontres des élèves dont tu ne sais rien et le vendredi 17h tu connais leur prénom et quelques morceaux de leur histoire, tu sais un peu de leur rapport à l’écrit, tu as eu le temps de plaisanter et tu sais qu’avant de presque tout oublier d’eux il y aura deux ou trois jours où ils te manqueront, où tu te demanderas si ce que tu leur as apporté sera ou pas le début de quelque chose.

Le mauvais côté du stage : contrairement à l’atelier hebdomadaire il ne permet pas vraiment aux élèves de “progresser”. Se voir tous les vendredis permet aux participant.e.s de réfléchir, de laisser venir, d’améliorer tel et tel aspect de leurs textes. Ici j’ai eu le sentiment – assez frustrant – de les accueillir avec un “certain rapport à l’écrit” et de leur dire au revoir sans qu’ils/elles aient pu respirer. Pour cela le stage est trop court et trop dense et je préfère de loin le rendez-vous hebdomadaire (même si, question sous, gagner autant en une semaine compacte qu’en 3 mois et, ainsi, libérer du temps pour mon propre travail d’écriture, est appréciable).

Travailler avec des classes de 24 élèves est un défi. Le corps est sans cesse en mouvement, le regard balaye sans cesse la classe, la voix se brise, tu crains de “perdre” ceux du fond, les taiseux et les timides, tu es sur une scène permanente – un danseur dans “They shoot horses, don’t they?

24 élèves, 4 jours et demi, 7 heures par jour = une trentaine d’heures d’atelier en une semaine. C’est trop. Vraiment trop. Surtout quand l’atelier se conclut par l’enregistrement des textes et la fabrication d’un parcours numérique. C’est trop pour l’animateur mais, curieusement, pas pour les élèves qui auraient visiblement aimé que nous poursuivions l’aventure une semaine de plus. Dans ce cadre il est nécessaire de sortir du collège, d’arpenter la ville, de s’installer dans l’herbe des parcs et sur les rampes des skate-parks.

Nécessaire aussi de pouvoir compter sur un.e professeur.e solide, qui saura “vendre” à l’administration et à ses collègues l’interruption des cours habituels. Et qui saura, quand je rame et bafouille, relier mes consignes à tel aspect du programme de Français. J’ai eu cette chance-là.

Une réflexion sur ce que je ne maîtrise absolument pas. Une professeure qui connaissait bien la classe m’a dit, après avoir assisté à une séance de 2 heures : “Je ne comprends pas : celui-ci est dyslexique, celle-ci est dys-quelque chose, ceux-ci dys-autre chose encore et, à lire et à entendre leurs textes, tout cela disparaît. Comment fais-tu ?” Aucune idée. Vraiment aucune idée. Mais il faut que je creuse la question. L’atelier d’écriture serait-il capable de faire disparaître ce qui pèse tant en classe ?

Cette fois-ci je n’ai travaillé avec aucun texte d’appui. Sei Shônagon, Perec, Queneau et Leslie Kaplan sont restés dans mon sac. J’avais envie de voir si mes propositions d’écriture pouvaient se passer de leur éclairage. Oui, absolument. En tout cas cette fois-ci avec ces élèves-là.

Passer deux semaines dans une ville inconnue. Y prendre des habitudes : le café en sortant du RER, cette boulangerie plutôt que telle autre. Découvrir des lieux qu’habituellement on ignore : les skateparks, les écoles primaires, les hypermarchés, les kebabs – toucher du doigt ce qui compte dans la vie des mômes de 13-14 ans et, un peu, retrouver celui qu’on était à cet âge-là. Puis repartir, chez soi/ailleurs fort de tout ça.

Prochaines étapes : Le Blanc-Mesnil et Noisy-le-Grand. Cette fois on parcourra la ville pour y débusquer ce qu’elle cache de Fantastique.

Voici le lien vers les parcours numériques créés avec les élèves

A propos de Xavier Georgin

Xavier GEORGIN est auteur, animateur d'ateliers d'écriture et membre du collectif La Ville au Loin (https://la-ville-au-loin.fr/). Il écrit des textes où se rencontrent histoires familiales et traces dans l’espace urbain puis les met en son et en images sur son site internet www.xaviergeorgin.fr

5 commentaires à propos de “la fabrique | Deux semaines d’atelier sur la ville”

  1. Beaucoup aimé la façon dont tu rapportes ton expérience, tes doutes, tes constats…
    et il ne m’étonne pas que tu aies gardé tes textes d’appui dans ton sac, happé par d’autres de leurs besoins… sûrement toi (ton corps, ta voix, ta manière de faire) qui as bousculé leur temps dans la rencontre et ils t’auraient bien gardé plus longtemps !
    merci pour ces mots

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