##le_double voyage, #07 Bergounioux la dédicace

« On ne saurait refaire ce qui fut, et, pourtant, on peut y changer quelque chose, empêcher le passé de projeter son ombre au delà de son aire, de recouvrir nos jours nos pensées. Mon père s’est trompé d’endroit, de vie, en l’absence des mots que son père avait à lui transmettre et qu’il a fallu chercher pour notre propre compte. »

Pierre bergounioux, françois

LA DEDICACE COMME PREUVE D’EXISTENCE

Celui qui parle de voyage, grand ou petit, s’exprime dans le sillage d’une volonté de persistance dans la présence de lui-même à lui-même. Tout paysage est un paysage où il se voit vivant et pris en compte d’une façon ou d’une autre. Il est pris par l’ivresse de l’espace qu’il qualifie au fur et à mesure avec sa propre marque de fabrique. A la manière des Tags sur les murs des villes tentaculaires, il jalonne son parcours, le perfectionne en des traces qu’il compile et comptabilise méticuleusement,obstinément. Il ne s’absente jamais de ses écrits et l’anonymat qu’il prétend viser est en fait une esquive pour ne pas avoir à rendre de compte à d’autres que lui. Le collectif le « déroute » au sens concret du terme.. Il marche seul dans sa tête et cherche parfois à en sortir. Mais il a trop de mémoire et d’envies pour se résigner à rester trop longtemps sur place avec ses petites besaces gorgées de mots, pour préparer le pique-nique légendaire et nostalgique d’un LIVRE immatériel qui les (éclipserait) résumerait,tous ! Les supplanterait peut-être. On ne repèle jamais la même pomme et son goût change subtilement jusqu’à l’apparition du trognon.. C’est pourquoi, replanter sans cesse de nouveaux pommiers peut remplir une vie. Cela suppose toutefois un minimum de sédentarité et de patience. Tu te demandes ce que deviennent ceux et celles qui ne plantent ni pommiers, ni bouquins dans les « espèces d’espaces » que leur destin leur a fourgué…et à quoi servent les dédicaces qu’on conserve malgré soi… Qu’est-ce que l’amitié entre écrivain.e.s ? Aide-t-elle à écrire ?

« il restait du bleu, lorsque nous arrivions, comme si la substance du ciel avait été brassée avec le sable fin des rives, les feuilles des arbres, les galets ».  P. BERGOUNIOUX

Et puisque tu ne comprends pas tellement l’image,tu vas copier-coller un souvenir où tu n’étais pas.En ce temps-là personne ne prenait une voiture pour aller pique-niquer. Les paniers étaient lourds de victuailles et de vaisselle ordinaire. Les personnages étaient un peu ahuris au moment de la photo. Elle est trop intime pour être partagée à un endroit où la banalité des images est de mise. C’était juste avant la guerre. Se parlaient-ils ? Etaient-ils en froid ou prêts à des concessions pour alléger l’ambiance ? La photo ne retient que l’idée qu’ils faisaient « ensemble » qu’ils étaient « ensemble  » ce jour-là et qu’il faisait beau. La photo oubliée n’a été découverte qu’après leur mort. Le sépia ne montre pas le bleu du ciel, ni le vert du talus. Sans chaises, ni table , on s’assoit sur quelque chose en pente et on tourne le buste sur le côté, on surplombe aussi en tendant le bras pour s’emparer du pain. Qui fait quoi à cette époque ? Que deviennent les femmes sous le poids du quotidien ? A quoi pensent les hommes ?

Pour Gracia Bejjani et quelques autres…

Cette cisaille

permanente

du souvenir fané

et sans paroles.

L’image pantelante.

Les yeux évanouis.

Les corps transfigurés.

Le retour lancinant

du passé au présent.

Des destins

sans partage.

Malédictions secrètes

et dérives banales.

Vivre est une

cascade

où nous dégringolons,

cailloux gluants.

Mourir

est un naufrage

sur les stèles contondantes

des êtres aimés.

Pique-niques ultérieurs

sur des tombes incertaines

dont l’existence

est mal, si mal gravée […]

Poème à mains nues

A propos de Marie-Thérèse Peyrin

L'entame des jours, est un chantier d'écriture que je mène depuis de nombreuses années. Je n'avais au départ aucune idée préconçue de la forme littéraire que je souhaitais lui donner : poésie ou prose, journal, récit ou roman... Je me suis mise à écrire au fil des mois sur plusieurs supports numériques ou papier. J'ai inclus, dans mes travaux la mise en place du blog de La Cause des Causeuses dès 2007, mais j'ai fréquenté internet et ses premiers forums de discussion en ligne dès fin 2004. J'avais l'intuition que le numérique et l 'écriture sur clavier allaient m'encourager à perfectionner ma pratique et m'ouvrir à des rencontres décisives. Je n'ai pas été déçue, et si je suis plus sélective avec les années, je garde le goût des découvertes inattendues et des promesses qu'elles recèlent encore. J'ai commencé à écrire alors que j'exerçais encore mon activité professionnelle à l'hôpital psy. dans une fonction d'encadrement infirmier, qui me pesait mais me passionnait autant que la lecture et la fréquentation d'oeuvres dont celle de Charles JULIET qui a sans doute déterminé le déclic de ma persévérance. Persévérance sans ambition aucune, mon sentiment étant qu'il ne faut pas "vouloir", le "vouloir pour pouvoir"... Ecrire pour se faire une place au soleil ou sous les projecteurs n'est pas mon propos. J'ai l'humilité d'affirmer que ne pas consacrer tout son temps à l'écriture, et seulement au moment de la retraite, est la marque d'une trajectoire d'écrivain.e ou de poète(sse) passablement tronquée. Je ne regrette rien. Ecrire est un métier, un "artisanat" disent certains, et j'aime observer autour de moi ceux et celles qui s'y consacrent, même à retardement. Ecrire c'est libérer du sentiment et des pensées embusqués, c'est permettre au corps de trouver ses mots et sa voix singulière. On ne le fait pas uniquement pour soi, on laisse venir les autres pour donner la réplique, à la manière des tremblements de "taire"... Soulever l'écorce ne me fait pas peur dans ce contexte. Ecrire ,c'est chercher comment le faire encore mieux... L'entame des jours, c'est le sentiment profond que ce qui est entamé ne peut pas être recommencé, il faut aller au bout du festin avec gourmandise et modération. Savourer le jour présent est un vieil adage, et il n'est pas sans fondement.

3 commentaires à propos de “##le_double voyage, #07 Bergounioux la dédicace”

    • Merci Gracia ! Il me semble que je creuse des puits de sens aux mêmes endroits que toi , ailleurs dans l’histoire et lea géographie… J’aimerais parvenir à faire ces montages vidéos comme toi en sélectionnant les mots et les images, dans une sobriété éclairée…

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