#livre #03 | Livres qu’on donne

Quel meilleur libraire que l’ami qui vous donne un livre ? Les étals de livres y sont divers, des étagères sages, des dessus de commodes, des vitrines fermées et parfois un peu plus originaux comme des caisses à vins fixées au mur, des alcôves ou une malle à voyage. Les lieux le sont tout autant. Le salon, la chambre, l’entrée, les angles épars de l’appartement, un bureau pour les plus chanceux ou encore les toilettes, dans le cas de cet ami dont l’appartement avait l’étrange particularité d’être une chambre de bonne avec sur le palier des toilettes privatives d’une dizaine de mètre carrés. L’ami n’a jamais vraiment prévu de vous donner un livre. On ne donne pas ses livres, on en offre pour les grandes occasions. Mais parfois, au détour d’une conversation, parce que vous êtes chez lui, il semble pris d’une illumination et se dirige vers son étal intime pour saisir avec certitude un ouvrage et vous le tend, la main ferme, heureux de partager ce moment avec vous, de faire entrer un morceau de chez lui chez vous, en vous disant “oh j’ai pensé à toi !”. Ce qu’il y a d’étrange dans cette transaction à sens unique, c’est que le livre en dit souvent moins sur lui ou sur votre relation que sur l’image qu’il a de vous. 

Je me suis ainsi retrouvé, pêle-mêle, avec  : une variation sur la traduction à partir d’une recette d’omelette irlandaise, un roman de chevalier en ancien français, un livre d’histoire sur les vikings, une encyclopédie de l’ONU sur les jésuites, un roman sur la folie d’une femme qui divorce, Batman sur l’île des dinosaures, un magazine de mode soviétique, un livre sur les négriers havrais, un guide pour apprendre à faire des thèmes astraux, un livre sur les bienfaits de l’usage des drogues en psychiatrie, un guide d’Istanbul daté de 2000, un mode d’emploi pour le tirage de tarot, la biographie de Jean Sébastien Bach, un livre de photos de chats.

Il m’est arrivé de comprendre ce qui se jouait et d’autres fois d’être restée dans un état de perplexité totale. J’en ai conclu que je devais être une personne complexe, ce que confirme l’interprétation de mon thème astral de taureau ascendant vierge. Le guide d’Istanbul datant de 2000 continue, lui, de me hanter. Pour ma part, il faudra que je réfléchisse aux livres que je donne. Ou surtout pas. 

A propos de Léa Yasmine Djenadi

Psychologue. Métisse. J'aime aussi lire dans des langues que je ne parle pas. En création d'une newsletter... (comme tout le monde, non ?)

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