#photofictions #04 | Les petits amoureux

Aux visages familiers et insouciants des petits garçons d’alors, que j’ai aimés adorés avec la fougue timide de l’enfance, l’oeillade discrète et les joues en feu, à leurs corps menus et blancs, leurs épaules sailliantes et clavicules d’oiseaux, alors qu’on avait tous encore l’existence vierge de labeur et de chagrins des grands, qu’est-ce que le passage du temps a fait, que sont-ils devenus, les petits gars du village, les amoureux d’antan ?

Celui qui avait neuf ans et le regard brun et doux de premier de la classe, il porte désormais un simple tee-shirt à l’encolure lâche sur son cou fin ; son corps ne semble pas vraiment sportif mais dynamique et nerveux, il ne fait pas d’ombre au sourire de la réussite ; tandis que le blondinet  populaire et désinvolte, c’est révélateur qu’aujourd’hui je le retrouve presque égal à ses dix-sept ans, quand je l’ai perdu de vue, toujours dans les mêmes fringues de jeune, le visage quasiment imberbe et délesté d’une quelconque marque du temps qui passe, même sa coiffure a conservé l’épi adolescent. Ah ! Il en a brisé des coeurs, le charmant farceur, son sourire en coin et racoleur, le chouchou des filles et des mamans. Sûr qu’il a voulu le rester, éternellement. Le suivant, il m’a fait tourner la tête en troisième E, un pur dieu du stade, il avait le corps bronzé sculpté et tout, la cambrure du footballeur, le rire facile et brillant, et le voilà désormais épaissi, cou taurin et bidoche en vitrine ; des épaules de charpentier qui a gros-oeuvré à l’extérieur. Il affiche le sourire du bon voisin, celui qu’on appelle pour réparer la gouttière ou boire une kro’ devant le match. Et enfin, le premier qui a vraiment compté, il fut pour moi le dernier du village ; sitôt grandi, il a tenu à rattraper le temps perdu, sa carrure de gringalet et son coffre d’asthmatique : aujourd’hui, c’est une barbe fournie, grisonnante et impeccablement taillée qui trône sur un cou fort, et des biceps gonflés à bloc. Mais les hanches sont restées menues, les souliers trop pointus : du sport de salle à n’en pas douter, pour cet éternel coquet.

Et je me demande bien s’ils me reconnaîtraient, et ce qu’ils verraient de moi, les gars de mon village, les petits amoureux d’avant. 

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