L’une parle l’autre bégaie

Mapetite et Lapetite : toujours ensemble mais jamais en même temps, elles apparaissent l’une et l’autre fondues en une seule et pourtant pas les mêmes Lapetite et Mapetite comme deux jumelles. Sont-elle de vraies jumelles ? Non non et mille fois non. Bien distinctes. L’une s’avance tandis que l’autre se recule l’une parle l’autre ânonne ou dort ou fulmine ou enrage ou se terre l’une rêve l’autre chauchemarde l’une discute l’autre parlotte et l’une avance l’autre recule et l’une pleure et l’autre console ou cajole ou se tait ou enlace. L’une est Lapetite l’autre est Mapetite l’une est jolie l’autre bien laide et très vieille et figurez-vous, l’autre non. Pas encore. Comme une seule âme elles font mais chacune avec leur myopie. L’une et l’autre enchaînées l’une doit mourir pour que l’autre vive, aime, soit douce étonnée ravie. Lapetite a peur même lorsque l’autre, Mapetite, lui assure que la route est libre. C’est que Lapetite est toute petite si petite si petitement minuscule surtout à côté de Mapetite qui est grande grande en majesté en âge en expérience en désir. Mapetite en grâce roucoule alors que Lapetite caquette l’une et l’autre enfoncées engoncées dans un corps dans une folie. Qui n’est même pas la sienne à Lapetite. Folie une folie qui martyrise enferme empêche même de voir cette folie. La folie d’un esprit qui rejette qui jette Lapetite.

Oh Hé Lapetite qui protèges-tu dans ta robe plissée et col rond amidonné ? Tu dessines ou tu crayonnes ? Mapetite dessine, peint se la joue grande et responsable et toi Lapetite tu te plantes tu t’effondres sous la poussière d’une craie poudreuse. De dessins rien, de dessins rien de rien de bien fameux Lapetite. Recommence !

Oh non, je ne sais pas faire. Demande à Mapetite. Demande lui aussi de me sortir de là. S’il te plaît demande lui. Demande lui.

Mapetite danse et répond « je danse » tandis que Lapetite se tient recroquevillée. Vilaine vilaine Lapetite.

Aimes-tu ça être vilaine ? Eh Oh aimes-tu ça ? Ho He là-bas. Je ne te veux que du bien. Sors.

Lapetite veut se faire encore plus petite dans un coin éloigné de la pièce mais Mapetite, elle, elle ne veut plus de ça, de cette petite, si docile dans la folie d’une autre, absente à tout amour. Elle veut une camarade de jeux tout à fait convenable. Elle appelle Lapetite. Elle l’appelle.

Viens, sors, tu ne le sais pas encore mais tu es forte et bien jolie. Viens danser. Il est temps. Viens je t’attends.

A propos de Louise George

Parmi diverses professions effilochées, une constante : le livre et ses métiers (médiathèques, rencontres, colloques). Aujourd'hui, l'écriture comme âpre douceur. Aussi, le voisinage d'une certaine idée du beau : nuages, chats, textes, peintures,...