Ndak, maison inconnue / arts de la fiction #05

C’est le premier soir vraiment sec après la saison des pluies, l’envie de marcher dehors est là mais l’intérieur des maisons est attirant dès lors qu’on veut se reposer un peu. C’est facile, il suffit de claquer un « naka ngen def » suivant immédiatement le « kon kon kon » vocal remplaçant le toc-toc inutile puisque toute porte restenouverte, le soir, dans la ville de Ndak. La réponse chorale est appuyée par les arômes d’encens mêlé aux premiers parfums de la cuisine du soir. Tout le monde est posé près du sol. Tout ce qu’il y a à faire est étalé sur des tapis, un poste à musique, un pot à arachide, un plateau de scrable…

Que de rire dans la cour ! On dirait une compétition entre le rire haut perché des femmes et le rire expulsionnaire des hommes. Cela fait oublier que la cour est bien grise et sent un peu la pisse. Et pourtant elle sait retenir de la traverser trop vite, on y prend des nouvelles en riant, on y donne des nouvelles en soupirant parfois. Il pourrait bien y avoir du linge qui sèche sans se faire remarquer, on est encore plus au sud que dans la chanson, et même passent là quelques animaux furtifs, la mémoire d’un peuple chasseur est encore vive.

Mais c’est tout derrière que rejaillit le plus grand plaisir, celui des douches. On s’y succède, serviette autour de la taille et savon à la main. Il y a du congolais dans l’air, avec des voix qui claquent en accompagnement de serviette et des instruments qui chevrottent comme la peau lorsque l’eau est trop fraîche ou trop chaude en rejaillissant sur elle.

2 commentaires à propos de “Ndak, maison inconnue / arts de la fiction #05”

  1. une phrase qui soulève quelque chose en moi : « la mémoire d’un peuple chasseur est encore vive. »
    et puis ensuite ton merveilleux dernier paragraphe ! délicieux ces « instruments qui chevrotent comme la peau »… oh oui délices !
    merci Philippe

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