LES BAINS FROIDS

Dernier bain froid – en Drôme –

embarqué aimé connu embarquer paysage                pays et paysages traversées en traversées de phrases effacées réécrites         paysage embarqué paysage ni préféré ni favori paysage         ni choisi ni choyé               paysage unique paysage nommé paysage pour n’en faire qu’un                dehors de rues et de mur de fermes                 hors-lieu de bord de route et de falaises de craie                paysages embarqués tout ensemble et forme passagère          tout un lointain embarqué d’ouest en est aux apogées des équinoxes paysage embarqué de côtes de pierres en plages étroites de villes noires en villas palladiennes         paysages embarqués d’est en ouest         majesté des matins éclairés de blancheur aux crépuscules au long des fleuves paysage                 embarqués d’est en est toujours plus matinaux en traversée des parallèles de nord en sud paysage embarqué de soleils blancs               de coulée de roches métamorphiques paysage de bulles soufflées en coussin             aux éclats de serpentines                 les calcaires blancs rongés d’éclats de lune     les marbres endeuillés aux nervures effeuillées de rouges zinzolins     violets noirs et les nacres                 ne choisir ni le lieu unique ni la porte aimée         plonger dans l’épaisseur de tous les lieux embarqués         transformés en lieu unique porte ou volée de marche   artère bruyante et rue silencieuse loin de l’aube dans la vallée   haut dans les gorges                 et prendre les bains froids           dans les eaux ruisseaux rouges tourbe des profondeurs                 les bains froids                 dans les eaux ruisseaux blancs oxygène des cimes                 les bains froids   dans les eaux ruisseaux bleus poussière de glacier là         où                la peau bleutée des truites se confond dans l’éclair d’un martin-pêcheur        loin des berges   

A propos de Catherine Serre

CATHERINE SERRE – écrit depuis longtemps et le fait savoir depuis 2012, navigue à vue de l'écriture au montage son et à la création vidéo, elle cherche une langue rythmée et imprégnée du sonore, elle se demande comment revisiter le temps et l'espace dans ce monde désarticulé, elle publie régulièrement en revue (Teste, Dissonnances, Terre à ciel, Cabaret, Traction Brabant ...) les lit et les remercie d'exister, réalise des poèmactions simultanés avec Mazin Mamoory, membre de la Milice de la Culture en Irak, présente des expoèmes à Bruxelles à l'occasion des Fiestival Maëlstrom #11, #12 et #13 chaîne YT Catherine SERRE https://www.youtube.com/channel/UCZe5OM9jhVEKLYJd4cQqbxQ

12 commentaires à propos de “LES BAINS FROIDS”

  1. J’ai aimé naviguer dans ce texte, de fleuves en berges. Beauté graphique des images épurées et bercement du rythme. Grand merci.

    • merci de votre lecture ! oui le côté graphique, j’ai essayé de le capter, au fond il n’y a qu’un seul endroit et tous les autres vibrent à sa cadence,

  2. Des touches de couleur et de matière vivante entre ces blancs fluides qui embarquent. Merci pour le voyage. Toujours PARTANTE 😉 (c’était déjà vous, n’est-ce pas ?)

    • j’ai écrit PRÊTES oui, dans votre souvenir devenu PARTANTE ? Merci de vos remarques, dans ce passage j’ai essayé de ne pas me stresser de la règle : un lieu unique (à la roubaud donc) de faire place à plein de lieux – blanc et couleur à l’oeuvre –

  3. n’y a pas que les blancs pour que ce soit si formidablement rythmé, collaborent magnifiquement avec les répétitions, variantes…

    • Merci Brigitte, franchement ce mois d’aout a été si dur que je ne pensais pas réussir à reprendre rythme et écriture « en forme » – il semble que les retours me disent autre chose.
      Cette question du rythme m’importe énormément, je ne le travaille pas spécifiquement, mais écrit dans une sorte de hâte, de rapidité, toujours à me méfier des tics, des faux alexandrins, des adjectifs, mais parfois ça reste « voulu », sans grâce, alors quand autre chose passe, on s’en réjouit par ici,

  4. Un texte à lire à voix haute. Le palimpseste suggéré me fait lire ce déroulé de paysages comme des strates et j’embarque de plus en plus profond pour arriver au corps « en contact », « en plongée », à ces bains froids que je vois blancs en contraste avec les ruisseaux rouges et la tourbe sombre, ou est-ce les blancs qui s’imposent finalement pour installer cette lumière ? (Le corps présent comme dans vos Sols, où des épaules aux pieds, il s’impose pour comprendre le monde, s’y colleter. Je n’ai pas pu laisser de commentaires d’ailleurs sur Sols ni sur Parpaing…) A vous lire encore donc, avec quel plaisir !

    • Hello Marlen,
      chouette regard sur ce texte, oui très envie de le lire à vois haute et vais le faire ! Il sera même traduit en arabe (?) car je lirai …en Egypte en octobre, et sûr que celui-ci il est du voyage, et en librairie en novembre
      le rapport aux sensations pour moi est complexe comme vous le pointez, mais les consignes de cette année ( et le chemin en cours) me semble aider le texte à se lever. Les bains froid les falaises et les rivières, quand autobiographie et totale fiction se mettent à « fonctionner » j’ai ce sentiment de levée, et vous ?

      Pour les commentaires sur Parpaings et Sols ai demandé de l’aide, les post sont bizarres – même pour moi, il a du y avoir un statut mis qui a produit ce résultat. Merci de l’attention