#écopoétique #08 | La voie romaine

Certains couchers de soleil prennent des airs de clair de lune. L’ombre s’allonge sur le chemin blanc, toujours plus pâle, trébuchant sur les cailloux. L’air est gorgé de machines. Derrière, les véhicules tout schuss sur la route. Devant, un bruit de tracteur au ralenti. Plus loin, une espèce de souffle. On remonte la rue du hameau, les murets, les grillages, Continuer la lecture#écopoétique #08 | La voie romaine

écopoétique #10 | notes qui roulent n’amassent (à propos de pierres)

  • Une pierre au temps long pour mon temps humain, pourtant la pierre a coupé court au temps colossal de la roche dont elle émerge, donc je peux penser à la pierre comme du temps court –
  • Pierre qui roule n’amasse pas mousse. C’est par l’instabilité de la pierre que nous vient sa morale. Ce défaut de permanence comparativement à la roche la rapproche de la cigale, son sévère défaut : chanter au lieu d’assurer sa stabilité –
  • Dans les itinéraires difficiles sans autre repérage possible, les pierres servent de balises. Les marcheurs et marcheuses débusquent leur passage de kern en kern. Le mot breton désigne la cime, le sommet, ou la pointe. L’amas de pierre tenant en équilibre, les marcheurs, marcheuses, j’y tiens, jouent un jeu de mikado en essayant de poser sur le tas une pierre supplémentaire sur le sommet du kern. C’est même parfois un château de carte plutôt qu’un jeu de mikado.
  • Les pierres peuvent simplement être jetées à terre pour conserver une trace éphémère. Quand les applications GPS tracent nos déplacements, elles renvoient à cette technique du Petit Poucet ou aux animaux pisteurs qui s’orientent à l’aide de leurs traces, et plus lointainement à notre développement cérébral : nous avons commencé à penser par l’intermédiaire d’une représentation abstraite de la trace parce que, debout, nous n’avions plus la possibilité de sentir nos tracés.
  • A l’âge de pierre nous n’avions que la pierre pour travailler et nous battre. Il nous a fallu plus de deux millions d’années pour fixer ces pierres sur des hampes de bois. Nous tenons un outil dans la main : nos outils « lithiques » relatifs à la pierre.
  • L’époque néolithique est l’âge de la pierre polie. Nous ne sommes plus des pierres qui roulent de campement en campement, nous nous sédentarisons et nous polissons nos pierres. Nous récoltons sur l’espace où nous avons planté plutôt que cueillir dans les arbres, arbustes et plantes qui nous entourent. Nous écrasons des graines, nous pétrissons des pâtes et nous pétrissons des pots en terre qui ressemblent à la pierre.
  • Entre la pierre et la terre : un ancêtre commun, la roche. La pierre s’en est séparée dans un petit morceau dur, la terre elle s’est ameublie. L’une abrite des composants, l’autre des habitants : insectes, organises souterrains, eau, air. La pierre est un ventre de minéraux, la terre une langue de vie.

#mardis #08 | Variations 2, Eleven am

Un air à la mode s’échappe d’une radio par une fenêtre ouverte. Joséphine ne sait pas de quel appartement vient la musique, elle s’en moque. Elle ressent une immense lassitude, elle n’a pas la force de s’habiller. Elle ne porte rien d’autre que ses confortables ballerines noires. Tout lui pèse. Le moindre vêtement l’oppresse, aggrave sa pensée. Joséphine ne s’est Continuer la lecture#mardis #08 | Variations 2, Eleven am

#mardis #08 | ELLE

Personnage seul dans une pièce avec une fenêtre Version 1 Elle est assise sur son lit. Ses membres fragiles l’empêchent de se lever, de se mettre en mouvement, de déplier ses jambes et chercher une force pour s’extraire de ses draps. Sa tête contre le mur, elle s’imagine à sa fenêtre, debout, tenant sur ses deux pieds, les yeux dans Continuer la lecture#mardis #08 | ELLE

#LVME #01 Rue des Savonniers

Il est presque dix-huit heures le vingt-trois novembre deux-mille-vingt-quatre. Au numéro 13, un homme blanc âgé d’un cinquantaine d’années contourne un plumbago qui s’étale négligemment sur le sol de la terrasse et l’homme accède à la porte verte d’un cabanon de jardin, un panonceau indique « DANGER » et l’homme s’agenouille devant la pompe de piscine comme s’il allait entamer une prière. Continuer la lecture#LVME #01 Rue des Savonniers

# LVME #01 I Entre chien et loup

Novembre gris, entre chien et loup, les parapluies aussi sont tristes, les façades moroses, quelques ampoules flambent derrière les fenêtres en réponse au flamboiement des feuilles des tilleuls. Elles volent et dénudent les branches mouillées. Bancs de pierre ni bancs de bois n’accueillent le passant, même pas celui aviné qui oublie le confort. De l’eau, il y a de l’eau. Continuer la lecture# LVME #01 I Entre chien et loup

#LVME l Notre impasse,, en sept paragraphes au lieu de six l Natacha Devie

Tout en haut, à la jonction avec la départementale, une psychologue, son chien et son mari. Le jardin tout contre la route est caché par une épaisse haie, à l’image de la vie de la psychologue, que je ne perçois que comme une chose qui désire se cacher. La psychologue est d’ailleurs peu loquace, et nous nous le tenons tous Continuer la lecture#LVME l Notre impasse,, en sept paragraphes au lieu de six l Natacha Devie

#LVME # 01 | étages

Soir d’automne, au présent. Le vent vient de tomber. Feuilles rouges et jaunes accumulées devant l’entrée. Bientôt les cerisiers du Japon seront nus. Heure du retour après tout ce qui s’est passé dans le courant de la journée. Tout ce qui déjà forme le passé: feuilles rouges et jaunes. Il fait nuit tôt. Rentrer chez soi comme fuir le dehors. Continuer la lecture#LVME # 01 | étages

#LVME #01| crépuscule

Entre chien et loup, en novembre 1970, une lumière faible dans l’appartement du deuxième étage, sur la gauche de la façade. Elle semble provenir d’un néon apposé à un mur et qui n’éclaire un peu qu’au-dessous de lui. Une ombre de bras qui s’élèvent semble se dessiner avant qu’une lumière forte n’éclaire soudain toute la pièce et donne ainsi l’explication: Continuer la lecture#LVME #01| crépuscule

#LVME #01 | 12 h, heure marocaine

12h00 heure marocaine. Derrière le moucharabieh, elle veille. Elle tend l’oreille. Elle a secoué les tapis, laver les rideaux, fait le lit, tendu la moustiquaire. Elle a peur et elle attend. Assise sur son lit les genoux repliés entre les bras, toute recroquevillée. Si ça continue elle va fondre. Il fait chaud, très chaud, elle a besoin de se rafraîchir. Continuer la lecture#LVME #01 | 12 h, heure marocaine