autobiographies #06 | Roma Termini

… c’est à quai : suite d’aquariums en lueurs jaunes, numéros de voiture rouges ( ou blancs? ), marchepieds hauts — Rome terminus? c’est là, oui… l’appel dans la nuit d’il y a cinq jours (— Damien? — Si, é morto), qui ouvre la nuit: Paris/Rome/Roma/Parigi… c’est monter sans bagage, juste un sac de nylon (brosse à dent, à cheveux, un t. shirt), et leurs visages dépliés en clairs obscurs électriques; 21h55, frottements de bagages, de corps, de sacs à vivres (sandwich, tupperware), de langues, de bras à billets tendus vers l’homme qui dit l’ordre des choses (sa casquette, son uniforme bleu nuit) cette voie du train qu’il rend pénétrable — A che ora arriverai a Roma? (É Morto, si)… c’est monter dans la nuit d’autres wagons ( loins/ proches, visages en taches floues) — Paris Munchen Venizia La rochelle Roma Marseille… — de Wagon-lit ou couchette à banquette de couloir sans sommeil avec rêve qui fait vrai à se pincer pour revenir— nuit jouir sur la banquette d’un train sans passagers, nuit avec l’odeur d’urine — ce pot de faïence qui se déverse par un tiroir à bascule (elle a pissé deux fois entre Venise et Paris, une femme dans les cinquante ans des cheveux coupés courts et une tête d’oiseau), nuit de carnet avec note et croquis sous la veilleuse qui tremble, nuit avec arrêt sans images ou formes entraperçues en soulevant le store qui pue le caoutchouc (— É morto ? Si ); 3H04 tendre par l’oreille vers une improbable destination, ville en voix, pause en voix qui montent de la nuit, et chocs, heurts, cris rires— A che ora arriverai a Roma? Alle 8.30 — prendre dans les pupilles grand ouvertes des giclées de lueurs, choses qui se tamponnent, décrochement sourd de métal … long temps… ( c’est où ici? ) de pause à fumer, à s’aventurer à quai… alors il te parle, l’italien, le gardien des wagons, ce romain de Rome du train qui — da Parigi a Roma— puis il t’ouvre sa cabine ( la banquette et ses mains comme une promesse…) il t’a dit que tu es belle — Si, é morto — come si dice: funérailles ?…





A propos de Nathalie Holt

Rêve de peinture. Pose et dessine à la Grande Chaumière. Entre aux beaux arts avec un dossier fait la nuit. Rôde à la Sorbonne : trois ans de philosophie. 1981 premier décor de théâtre. Se prend au jeu. S'appuie sur la mémoire des studios et plateaux de l'enfance. Vue rétrospective et oblique. Enfant de la balle. Apprend son métier sur le tas. Ne peint plus que des maquettes ou des murs plus hauts qu'elle. 30 ans de théâtre. Se promène avec un appareil photo, argentique puis numérique, tout en manuel, sans technique.

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