Selon Tarkos

La plage. L’été. Un été, toutes les plages. Une plage pour tous les étés, ça se pourrait mais non. Une plage de lumière insolence indolence, sommeil porté par des milliers de particules, quartz, feldspath, mica, roulées, concassées, usées, des milliers de bouts de coquillages, de brins d’étoiles, de nacre, de verre lisse, le verre ne coupe plus, la coupe n’est pas pleine, le sable est fin, blanc et fin il brille, caresse les pieds, berce les corps, brûle aussi, cris douleur et rires mêlés des enfances de Méditerranée. Sur la route des plages, au fond l’Atlas, platanes, cèdres, oliviers, vignes, coquelicots, Castiglione, Sidi-Ferruch, Tipasa, Zeralda, sur les chemins terre et sable, pourpiers, lis, chardons, immortelles, le végétal s’accroche, maigrit, puis seul le sable, la vaste plage s’offre, mer, horizon, ciel, tu goûtes le monde hors mesure, l’univers, tu t’inscris. Ton empreinte, tes empreintes, tout fait trace, ton corps dans la chaleur, hanches seins sur la serviette alourdie par le sel, tes pas, tes fleurs de pas gorgées d’eau s’évanouissent renaissent s’évanouissent, tu avances, tu recrées, c’est toi qui renais sans cesse, tu marches, cours, sautes, tu as pris ton élan dans le matin, dans la fraîcheur du petit matin, ciel et eau confondent ton œil funambule, tu scrutes, guettes, tu lis la mer, goûtes la solitude, solitude qui n’en est pas, nourrie de sensations, une foule. Dans la suite tant et tant de plages, d’autres plages, ailleurs, des îles surtout, Ibiza, Formentera, Panarea, Kalimnos, tourner autour du bassin comme les ancêtres, Minorque, Malte, la Grèce, l’Algérie, on émigre, on immigre, on va à la va comme j’te pousse, comme l’histoire te pousse, l’Histoire est-elle jamais finie, a t-elle vraiment commencé, quand… Et puis les histoires, les plages dans les histoires des films, Rossellini, Visconti, Fellini, Huit et demi, Mort à Venise, Stromboli. Et Pier Paolo mort à Ostia, son sang dans le sable, Ostie, un comble pour un athée, enfin non, il y avait eu son Évangile selon Saint Matthieu, prix de l’Office catholique. Chrétien athée, loin du sujet la plage ? Non, tout peut finir sur une plage, comme tout a commencé, je me vois allongée sur la dernière, un bel endroit pour le contre-jour de fin, finita la commedia. 

A propos de Mireille Piris

Toujours un lien avec l’écriture dans ma vie de comédienne, chanteuse, animatrice culturelle, psychodramatiste, formatrice conseil. L’art reste le fil conducteur dans la vie d’après qui alterne écriture peinture photographie. Comme dans un recueil de nouvelles, Une étrange modernité, paru chez N & B, où il se mêle au destin de quelques cabossés de la vie. (Auparavant chez le même éditeur, Boulevard des orangers, évocation de l’Algérie dans l’enfance et l’adolescence) Particulièrement sensible au dernier atelier Prendre. Toujours en chantier parallèle des nouvelles et un roman… Peur de la dispersion mais curieuse…

7 commentaires à propos de “Selon Tarkos”

  1. Bonjour Mireille,
    J’aime beaucoup vos passages glissés d’une « situation » qui se démultiplie, offerte à l’épuisement. Après « quand… » une histoire pourrait commencer, et le passage des cinémas vient comme nous en distraire pour mieux boucler avec la dernière plage.
    C

    • J’aime beaucoup ces phénomènes d’association, vous aussi me semble t-il, Catherine. Se laisser rêver. Pourtant pas la sensation d’être allée jusqu’à l’épuisement. Mais bon, on peut y revenir!

  2. Des détails, des mots précis, des noms, des lieux, tout cela explose en bouche comme la luxuriance de la Méditerranée…

      • Oui, elle me concerne, Mireille: Suis née à Djerba et passé de nombreuses vacances chez mes grands parents à Menton, j’aime aussi la Grèce et l’Italie…

        Pour la voix haute, et « ça zieute », rien d’obligatoire, juste une suggestion! Merci aussi de votre passage chez moi.