#L3 | sous les pavés

En v’là un autre avec son bac à illusions sous le bras on le voit à son allure j’avais la même il y a deux ans de ça quand c’est moi qui me pointais en câlinant les orties il y en avait à l’époque je caressais les feuilles pour frimer le genre même pas mal pour épater qui on se demande personne à épater surtout pas moi encore un qui va avoir du mal il va batailler s’épuiser ce gars c’est moi dix ans de moins dans les pattes dix ans à la louche peut-être plus un gamin toujours eu du mal à évaluer l’âge des gens après ça n’a plus d’importance avoir vingt ans ou un siècle qu’est-ce que ça change c’est un miroir de moi ce garçon se figure entrer par la cour des grands mais minuscule ici petit tout petit serré emmailloté ici la camisole dit pas son nom mais se perdre s’oublier ferait mieux de s’en retourner chez lui c’est le problème souvent pas de chez soi perdu ici dans le labyrinthe viser la sortie je cherche encore moi jamais vu l’issue

toquée toquée toquée j’ai l’soupirail à l’envers il parait qui a dit ça ? trou de mémoire décousue la cervelle toquée qui a dit ça en premier pas moyen de revoir les yeux pas moyen de revenir sur l’image soupirail à l’envers ça les a fait marrer c’est resté la cave au grenier que j’aurais la tête en rase moquette et les pieds qui dévalent en altitude toquée c’est mon nom où elle est la toquée toc toc quand j’approche ça me fait rire le doigt sur la tempe qu’ils font tourner comme ça en même temps qu’ils disent toc toc peut-être que je le suis pas d’importance ma vie elle est à moi je la dessine comme je veux des dessins j’en ai plein des soleils des collines des châteaux que je traverse à grands pas mon domaine il est là j’habite ailleurs

18 mortier fer à joint racler dix-neuf mortier fer à joint racler répéter 25 bel alignement aie les genoux la cour sera belle penser à tailler les rosiers lundi refaire mortier eau ciment sable tailler et désherber pas de pitié pour les racines lundi semaine prochaine aller les chercher dans les entrailles de la terre 30 lisser racler lisser mortier croisée des chemins réseau vu d’ici la cour est une ville une avenue au centre ramifications rues adjacentes au bout à gauche avant dernier pavé plus pâle se distingue un repère cour quadrillée lundi repiquer les pensées les pensées penser à quoi 36 lisser racler raclée des grands jours à genoux avancer méticuleux beau boulot fierté lignes de fuite merde le corps commence à chouiner les genoux les épaules à foutre le camp plus vingt ans non plus pour ce boulot entretien tu parles forçat oui fier pourtant oui  alignement parfait les joints sont propres 48 la pause dans une demi-heure la montre mortier lisser racler fer à joint lundi les parterres par terre tiens elles sautillent les idées ces pavés on dirait New York

A propos de Elisabeth Saint-Michel

C'est ma quatrième ( cinquième?) participation aux ateliers proposés par François Bon. Je trouve cela particulièrement énergisant. J'anime moi-même des ateliers d'écriture à Villeneuve d'Ascq (Hauts de France) au sein de l'association Filigrane. Je suis aussi enseignante auprès de jeunes enfants porteurs de handicap. Côté écriture personnelle, j'ai publié deux romans et deux recueils de nouvelles dont le dernier, "disparaître ici" est sorti en mars 2021.

Une réponse à “#L3 | sous les pavés”

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