vers un écrire/film #02 | une première minute signée Orson W.

Codicille : J’ai volontairement enfreint une consigne de la proposition formulée par François : il y a du son dans ma minute. Pas de dialogues mais quelques bruits et les premières mesures d’une musique. Des sons importants qu’il aurait été réducteur d’ignorer.

Fondu depuis le noir qui suit l’annonce de la société de production | la caméra poursuit un mouvement vers la droite | pas de son | apparaît en gros plan un curieux engin qu’un homme porte avec ses deux mains à hauteur de son ventre composé de deux réservoirs sur la gauche semblables à des vaporisateurs, un minuteur blanc sur la droite (comme ceux utilisés en cuisine) avec la flèche sur le zéro et des fils torsadés noirs sur le dessus | une bombe artisanale, guère de doutes possibles | on distingue la veste de costume sombre de l’homme boutonnée de bas en haut | sur le plan désormais fixe, on voit sa main droite tourner la mollette du minuteur pour la porter à 3 minutes | la main de l’homme est sombre et est éclairée depuis sa gauche laissant des zones d’ombres dans l’image l il fait nuit, l’éclairage est constitué de lumières de lampadaires sur la voie publique | on entend le cliquetis du minuteur se mettre en marche et presque immédiatement on perçoit également un rire de femme | apparaissent les premières mesures d’une musique avec quelques percussions sur un rythme de samba perpétuant le cliquetis de la bombe | la caméra se tourne rapidement sur la gauche (à droite pour l’homme, un quart de tour environ) créant l’impression que c’est l’homme qui se retourne prestement | à l’image un passage piétonnier sous des arcades | au premier plan sur la droite, une épicerie de nuit éclairée par des néons et une enceinte lumineuse | à gauche face à l’entrée de l’épicerie un panneau publicitaire vertical sur lequel est inscrit « girls » semble vanter les mérites d’un club | plus loin, sous les arcades, un couple s’avance en marchant vers la caméra | on y distingue un homme en costume gris à gauche et, suspendu à son bras, une femme blonde | leur démarche est plutôt rapide | un homme de dos passe devant la caméra de droite à gauche en observant le couple | celui-ci tourne sur sa gauche (à droite de l’écran) dans un passage situé après l’entrée de l’épicerie (pour la caméra) l on se trouve sans aucun doute dans une ville mexicaine dans les années 50 l sitôt le couple sorti de l’image, l’homme (à gauche de l’écran) fait demi-tour et court vers la droite en sortant à son tour du champ de la caméra | il tient la bombe entre ses mains, c’est l’homme du début | on distingue furtivement ses traits, il est assez jeune, la trentaine, plutôt maigre et porte un costume gris et une chemise blanche dont on voit le col, il a les cheveux noirs et courts | il disparaît à son tour, la caméra le suit avec du retard et on distingue son ombre en train de courir sur le mur de l’épicerie recouvert en partie d’affiches défraichies | la caméra avance plus lentement que lui en sa direction et l’homme réapparaît dans son champ | derrière l’épicerie, après le mur, une voiture est garée et l’homme s’agenouille derrière, à hauteur du coffre, sur le bord du trottoir | il est éclairé par un lampadaire situé derrière lui, légèrement sur sa droite si on en croit l’ombre qu’il porte sur le sol | la voiture est une décapotable de couleur claire, blanche ou beige, avec des pneus bicolores, noirs et blancs | derrière, des silhouettes de petits immeubles se détachent dans un ciel gris foncé ainsi qu’un porche d’entrée éclairé sans qu’on distingue de quoi il s’agit | la caméra portée s’approche de l’homme comme si elle marchait à sa rencontre | pendant ce temps, celui-ci ouvre le coffre de la voiture et y dépose la bombe | il referme le coffre et part en courant après avoir fait demi-tour | au moment où il s’enfuit, la caméra n’est qu’à trois mètres de lui | quand l’homme disparait du champ, la caméra jusqu’alors à hauteur d’homme s’élève avec l’image centrée sur la voiture qu’on découvre | c’est une Américaine plutôt luxueuse dont les sièges sont recouverts de cuir (ou imitation cuir) blanc | devant elle, deux autres voitures plus modestes sont garées, elles aussi de couleurs claires | les premières notes de musique se font entendre, des trombones, toujours avec un fond de percussions sur un rythme de samba | on distingue en arrière-plan, en haut de l’image à droite, des silhouettes de voitures stationnées | au fond du parking, face à la caméra, au pied d’un mur blanc et sale sont entreposées des cagettes vides en bois | le couple apparaît en haut à gauche de l’image | l’homme semble plus âgé que la jeune femme | lui, cheveux grisonnants, porte un costume gris clair et elle, blonde, une robe de soirée noire, un foulard clair au bras et des talons hauts | ils s’approchent de la voiture tandis que la caméra continue de s’élever pour offrir une vue plongeante sur la voiture | arrivé à hauteur de son avant, l’homme embrasse furtivement la femme et se dirige vers la portière côté conducteur tandis que la femme contourne le capot de l’autre coté pour aller vers l’autre portière | ils ouvrent chacun leur portière en même temps et prennent place dans la voiture | ils referment la porte presque simultanément | l’homme allume le moteur et, très vite, enclenche la première vitesse | la voiture avance et disparaît derrière le bâtiment s’engouffrant dans le même passage emprunté par le couple pour venir | la caméra se trouve à environ cinq mètres du sol et suit la voiture | elle recule et se déporte sur sa gauche | à l’écran, défile une vue du toit de l’épicerie (avec une enseigne verticale où on distingue écrit de haut en bas « liquor ») comme si la caméra suivait la voiture cachée par le bâtiment | elle réapparaît à l’endroit même où le couple avait disparu quelques secondes auparavant lorsqu’il se dirigeait vers la voiture, traverse le passage et rejoint une grande avenue | le mouvement de caméra est horizontal depuis le parking | la voiture traverse la large rue pour rejoindre la voie de droite après avoir tourné sur sa gauche et se trouver, de fait, face à la caméra | on distingue la rue avec ses arcades des deux côtés, des lumières de parts et d’autres ainsi que quelques voitures garées en épi | la caméra est redescendue plus près du sol au moment où la voiture s’engage sur l’avenue | voiture et caméra suivent le même mouvement, la première avançant et la seconde reculant | la caméra passe au dessus de la tête d’un policier au milieu de la route qui fait la circulation | il est de dos et habillé d’un uniforme sombre (noir) avec une casquette | il fait signe à une voiture blanche de passer et celle-ci traverse l’écran de gauche à droite | derrière lui, entre la caméra et lui, un trio composé de deux militaires portant calot et un jeune femme blonde traverse la route de droite à gauche, immédiatement suivi d’un couple composé d’un jeune militaire avec lui aussi un calot et une jeune femme brune portant un manteau noir | la première voiture, celle face à nous, s’arrête | la caméra continue à reculer et s’élève à nouveau | à gauche, un vendeur ambulant avec son chariot rempli de chapeaux et de casquettes apparaît et traverse l’avenue vers la droite | l’homme qui pousse le chariot est habillé d’un pantalon clair, blouson en cuir (sans doute marron) et chapeau de paille | le policier, le bras gauche semi-tendu pour signifier l’arrêt à la voiture face à nous, le regarde de trois-quart arrière | le chariot traverse la rue tandis que la caméra recule toujours | le policier fait signe à sa gauche et une nouvelle voiture, noire celle-ci avec un toit blanc, traverse à son tour la rue de gauche à droite devant la voiture initiale toujours à l’arrêt | la musique suit un rythme cadencé | un seul plan séquence depuis la début

A propos de JLuc Chovelon

Prof pendant une dizaine d'années, journaliste durant près de vingt ans, auteur d'une paire de livres, essais plutôt que romans. En pleine évolution vers un autre type d'écritures. Cheminement personnel, divagations exploratives, explorations divaguantes à l'ombre du triptyque humour-poésie-fantastique. Dans le désordre.

3 commentaires à propos de “vers un écrire/film #02 | une première minute signée Orson W.”

  1. Quelle maestria du realisateur ! Et quelle précision dans ton texte qui nous l’a fait sentir, j’étais vraiment au cinéma ! J’ai dû voir cette scène, mais tu m’en fais regarder chaque détail, merci !

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