1 – Fier de son humilité l’aveugle en marche apprend de son corps et de ses mains
2 –boucles de métal aux oreilles et au nez protègent des coups de foudre
tenir bien fort les manettes et lâcher les pédales fait tourner le manège des rêves
la cendre des fougères incendiées fait fuir les mauvaises langues
pierre percée sous l’oreiller chasse les cauchemars
chat noir aux yeux vert protège tes richesses, chat noir aux yeux sombres c’est comme un œillet : il te porte malheur
3 –

J’arpente les plages, les sentiers, les jardins.
Je glane écorces, pierres, baies séchées, cailloux, coquillages, concrétions calcaires, feuilles, bois …rituel d’enfance jamais abandonné
Objets naturels, choses secrètes
Leur imagination quasi mystique – initiation au mystère
Dans ma collection désordre, une a pris sa place : les visages de pierre
Je les vole aux rivages, à la terre – au hasard de mes pas – ça s’apprend dénicher les pierres – c’est un regard précis – la tête penchée sur le sol – mémoire des pas – un lien au vivant – une énigme à résoudre
Dans ma paume, quand je les réveille, leur moelleux raconte des vies, des voyages
dans ma paume elles déposent la paix
visages tourmentés, les yeux creusés, les bouches en cri, elles rient, pleurent, grimacent, grognent, gueules cassées encrassées, des roulis de galets, des ressacs, des orages, des gels, neiges et pluies
Je les lèche – ont le gout du sel et de la terre – langage de l’érosion
Mémoire des visages perdus, passages sur terre effacée de mes disparus, grigris cachés dans des boites, ou exposés sur mon bureau, sur les rayons de ma bibliothèque, changent de place, au gré de mes envies
Toujours une pierre dans ma poche, compagne de mes errances.
4 – je te salue pleine de grâce
tanagra glanée sur l’étagère d’une bibliothèque familiale
cicatrice à la base du cou
femme déesse ou promise
assise, résolue ou décidée
paumes ouvertes sur ses cuisses
entre deux plis de sa robe d’argile
pieds nus dépassant du tissu
droite et fière la tête haute
chignon tressé encadre son visage
un léger sourire
drapée dans la délicatesse en attente
à peine dérobée
la tête se décolle, tombe et roule
dans son corps creux
l’espoir de trouver un trésor, un message
un vide noir profond
la mémoire, un message des mains qui ont modelé cette terre
tanagra décapitée, patiente, fragile mais sacrée
recollée et à nouveau décapitée
sa tête repose à ses côtés sur une autre étagère de biliothèque
symbole de la lutte de femmes
la résistance
à travers les siècles
5 –
L’écrivain que je suis reste inconnue et son public restreint, n’a pas besoin d’artifice pour une apparence de scène
dans la penderie chaque matin c’est un rayon de soleil
une chemise légère et se jouent les mots
achetée dans une arrière-boutique en Mésopotamie,
j’avais 20 ans
elle ne m’a jamais quittée dans mes matinées d’écriture
voile de coton
terre d’ocre
orné des motifs bruns à l’allure cunéiforme.
signes boutures des mots à écrire
signes motifs en répétition
signes irréguliers gravés dans le tissu
signes jardin, femme, oiseau, poisson, ciel
tout un nécessaire à broder des phrases
à inciser le papier
chemise simple à même le nu
une chemise fine
résistante au temps
les poignets et l’échancrure rehaussés d’un ocre plus foncé
un fil qui dit ma fémininité
un peu de moi-même
sa fragilité
un berceau
un objet
une superstition
un jour une relique
dans mes pierres tombales