# 40jours #05 | exploration trois-pièces

Entrée
Face un pan de mur. Court. Petit dégagement. Rompu par un couloir. Creusé. Placard mural portes coulissantes. Grand. Pratique. Porte palière. Tout ça dans le blanc cassé. Lustre boule japonaise. Linoléum crème moucheté. Avec un trou. Déchirure ronde aux bords ourlés. Porte de la salle.
Salle
Murs soit béton increvable. Soit cloison légère comme plume. Grande pièce. À peine plus longue que large. Séjour salle à manger. À dormir parfois. Canapé noir passé trois plis en mousse. Bon marché. Avachi. Le long de la cloison du couloir. Au-dessus un trou dans la cloison. Papier peint blanc cassé gaufré. Lampadaire halogène noir. Branché à la même triplette que la chaîne hi-fi compacte. Posée sur un meuble d’appoint bas. Bois sombre. Porte-CD en colonne. Presque rempli. Une boîte de CD ouverte sur le haut de la chaîne. Cassettes rangées dans un carton. Grande étagère faisant office de cloison. Séparation de la salle. Bouquins. Bibelots. Au mur une reproduction de Mirò. Encadrée. Tons bleus. Passée la grande étagère, une table. Longue avec deux bancs et deux chaises. À une extrémité un fouillis de paperasses. Des petits objets divers. Stylos. Médicaments. Mal rangés. Posés là n’importe comment. La baie vitrée. Deux vitres coulissantes. Monture aluminium tacheté. Vue sur tout le sud et l’ouest de Paris. Belleville. Rue Piat. Pas de voilages ni de rideaux. Un fauteuil club en skaï. Marron. Tapis marocain noir avec motifs jaunes, rouges et oranges. Lustre quatre branches en fer forgé. Manque une ampoule. Près de la porte un bureau scandinave. Avec chaise-fauteuil ronde. Design. Un jeu d’épreuves ouvert. En cours de lecture. Dictionnaires. Code typo. Retour à l’entrée.
Couloir et dégagement
Au fond du couloir la porte de la cuisine et un dégagement. Mais au-delà une inflexion à angle droit vers la salle de bain les toilettes et les deux chambres. Sur la droite un grand placard mural aux portes coulissantes. Sur la gauche le dégagement. Deux mètres sur un mètre cinquante. Permet de mettre un petit fauteuil crapaud une étagère et un lampadaire halogène. Impossible de fixer un tableau au mur. Le béton est trop dur. À gauche la porte de la cuisine.
Cuisine
Aussi profonde que la salle qu’elle jouxte. Un vrai corridor. On peut à peine se tourner. Tout de suite le frigo. En face un buffet en mélaminé blanc accroché sur une armature grille rouge. À côté du frigo la cuisinière et sa bouteille de gaz. Plus loin l’évier un bac. Carrelage blanc dix-dix. Au fond sous la fenêtre une table pour deux. Un panier de courses. Deux chaises. Tout formica rouge. La fenêtre donne la même superbe vue sur Paris. Retour en arrière au couloir après le dégagement. Couloir à angle droit.
Toilettes et salle de bain
Deux portes côte à côte. Les W-C confortables si on peut dire. Pas trop étroits. Aveugles. Ventilation. Réserve de papier-toilette posée sur le lino. Tour du pied en peluche gris clair. Une brosse. Au sol un livre de Nietzsche. Le Gai Savoir. La salle de bain aveugle aussi. Ventilation. Avec lavabo et baignoire. Avec petite machine à laver. Avec table à langer coincée contre le lavabo. Un étendoir à linge suspendu au-dessus de la baignoire. Plein de choses à plier. Étagère produits de soin et de beauté. Trousse de secours. Brosses et verres à dents sur la tablette du lavabo. Miroir. Rasoir et lames. Retour au couloir.
Chambre des parents
Fond du couloir Deux portes. À gauche une assez grande chambre. Un lit de cent-quarante. Défait. Deux tables de nuit en bois sombre. Cubiques. Lampes design bon marché et livres. Une petite armoire à glace. Entrouverte. Penderie et étagères à vêtements. Une reproduction d’une Sainte-Victoire de Cézanne. Encadrée. Face au lit. Lustre en boule japonaise orange très clair. Papier peint blanc cassé gaufré. Rideaux oranges épais. La fenêtre en aluminium donne sur une des cours de la cité. Tour de douze étages carrelée. Tout petits carreaux violet noir gris et blanc. Années soixante-dix. Belleville. Rue Piat. Retour au couloir.
Chambre de l’enfant
Fond du couloir Deux portes. À droite dernière porte de l’appartement. Une chambre à peine plus petite que l’autre. Rien aux murs. Papier peint blanc cassé gaufré. Fenêtre donnant sur la même tour et cour de la cité. On aperçoit l’école maternelle au loin. Rideaux bleus. Trois tatamis. Un futon moyen et des traversins pour l’entourer. Draps. Couvertures. Peluches. Coffre à jouets. Mobiles. Tapis de jeux. Lustre en boule japonaise crème. Retour à l’entrée par le couloir en angle droit. Arrêt pour revoir la cuisine. Boire un verre de vin rouge. Direction la salle pour écouter Blasé, d’Archie Shepp.

A propos de Fil Berger

Fil Berger, je, donc, compose les textes qu’il écrit avec des artefacts sonores et graphiques et ses pièces musicales avec des artefacts d’écriture et graphiques. Le tout cherche, donc, une manière d’alchimie modeste située entre ces disciplines. Il a publié des livres d’artiste avec le plasticien Joël Leick chez Æncrages et Dumerchez. Quelques revues comme Paysages écrits, Traction Brabant ont retenu des textes. Il a travaillé et composé des pièces musicales documentées sur CD. Il a partagé pendant plus de vingt ans des moments de création avec des chorégraphes, des plasticiens, des auteurs, des improvisateurs et des compositeurs. Il a animé des ateliers d’écriture et de partitions graphiques avec des personnes de toutes sortes. Fil Berger, je, donc, est un improvisateur qui compose et performe en forgeant ses propres outils, ses champs lexicaux, ses instruments, sa présence au monde en les mettant sans cesse en variation continue. Son travail est la recherche de convergences multiples entre... l’idée et la pratique du « baroque » et... la pratique et l’idée de l’insurrection « œuvrière » autonome.

6 commentaires à propos de “# 40jours #05 | exploration trois-pièces”

  1. Roh mais génial! Première lecture puis seconde en écoutant Blasé (je ne connaissais pas et que c’est bien… Manque le verre de vin mais il est présentement trop tard pour ça)

    • Merci Rebecca !
      Moi qui ne croyais pas beaucoup en ce texte… Ça me fait plaisir !🤩
      Je suis aussi content que tu aies pu découvrir Blasé, un pur chef-d’œuvre 😃.
      À bientôt !

    • Merci beaucoup, Françoise, pour ton message si gentil !
      Oui, Blasé, c’est quelque chose…

  2. Grand merci pour la visite, je connaissais seulement le quartier, je suis un peu plus bas dans la rue de Belleville au dessus du Pacifique 😉

    • Bonjour Cécile
      Merci à toi aussi !
      Je suis amoureux de Belleville depuis un samedi matin de 1977.
      Bonne vie pour toi dans ce beau quartier !!