C’était la rituelle demande pour les anniversaires et au moment de Noël, ce qui pourrait bien faire plaisir, parce qu’avec tes livres, on sait plus quoi choisir, si déjà lu ou pas et si ça a des chances d’être lu un jour ou pas. On s’était mis d’accord sur les livres de la pléiade, les classiques, ça servirait toujours, de bonnes références, des valeurs sûres. Moins encombrant sur les étagères, un seul volume de la pleiade que l’équivalent en plusieurs poche quelconque, souvent des inédits et la bio de l’auteur en prime. Et puis dans ce magasin qui vendait des faillites, des saisies, des déstockages, des fermetures après incendie, on trouvait de sacrées bonnes affaires. Alors voilà, des pleiades. Certaines avec une coloration brune sur leur boîte en carton et une tenace odeur de brûlé, mais pas de bois brulé, une suie grasse, presque plastifiée. C’était censé s’estomper et ça s’est estompé, avec les décennies. Mais avec ou sans l’odeur de suie, le rituel était toujours le même. Enlever le papier cadeau en coupant proprement les scotchs : ce serait le même papier au prochain cadeau. Lire le nom de l’auteur et la liste des livres contenus dans le livre. Joie ou déception légère : même si ce n’était pas le volume espéré, il y aurait sûrement au moins un morceau bien. Après le papier cadeau, restaient encore deux enveloppes avant le papier bible, ces feuilles si fines qu’on est obligé de les traiter avec respect et délicatesse, pas moyen de faire autrement., la texture et la police de caractère, les ligatures imposent ce respect Deux enveloppes, donc, la boîte en carton et la couverture en plastique transparent. Pour lire, on se débarrasse des deux, aucune question. Mais après ? Une fois le livre refermé, remettre le plastique pour protéger le cuir ? Remettre dans la boite pour protéger les feuilles, éviter que dans le sac, elles ne soient pliées cornées ou chiffonnées par d’autres objets présents, eux aussi dans ce sac ? Question toujours pour moi difficile à trancher et parfois même je teste avec l’un des deux mais sans l’autre. Mes pratiques vont varier en fonction des circonstances, des sacs et puis aussi, de savoir si je sais ou ont été posés et l’une et l’autre de ces protections, perdues, égarées, écrasées ou jetées par quelqu’un qui ne voit pas pourquoi on garderait ça. Au moment où j’écris, ma préférence va à la boite en carton sans le film transparent, peut-être parce que l’important dans un livre me semble être l’intérieur, peut-être aussi parce que les ligatures, rajoutent un petit côté précieux à la typographie, alors peut-être y faire un peu plus attention qu’à un livre de poche. Donc, au moment de refermer le livre, de rendre enfin leur intimité sombre aux précieuses ligatures, restera toujours, comme une grande question, à l’heure d’emmener le livre, carton ou pas carton ?