#le livre comme fiction #03 | Eat&Read

Plus de deux semaines que personne dans la ville n’a pu manger de hamburger. Sur la porte du McDo on a découvert un matin une affichette fermé pour cause de travaux et toutes les vitres avaient été peinturlurées en blanc masquant totalement l’intérieur de l’établissement. Des employés, croisés au café de rassemblement des jeunes du quartier, racontent qu’ils sont en chômage technique et qu’on ne leur a rien dit de plus. Depuis tout le monde se pose des questions. On a vu des camions sans enseigne faire des allers retours. Les petits restaurants de la ville en ont profité pour inscrire sur leur carte des plats qui ressemblent de près ou de loin au menu du géant de la restauration rapide.

Un mois plus tard, l’établissement a ouvert ses portes. Métamorphosé. McDo est devenu Eat&Read. Les tables et les chaises ont laissé la place à des canapés moelleux, des fauteuils, des hamacs. Au milieu de la grande salle un buffet à volonté, minimaliste et frugal, crudités de toutes les couleurs, céréales et légumineuses de toutes les formes, légumes de saison, fruits. Un coin boisson. Et tous les murs sont recouverts d’étagères, remplies de livres, à ras bord, du sol au plafond. Le prix d’entrée est légèrement supérieur à celui d’un restau U et sur le ticket la direction indique qu’elle fera mieux et moins cher avec le temps. Des petits panneaux sur les tables basses préviennent que les lieux ont été sécurisés anti 3,4,5 G, anti tous wifi et tutti quanti. Les clients sont aussi invités à ne pas partir avec les livres sauf à les rapporter une fois lus chez soi ou sur un banc dehors, ou n’importe où mais on insiste un peu sur le je m’appelle reviens.

Les inventeurs du concept se donnent six mois pour voir. Ils ont pu profiter de ce que le gérant de cet établissement avait fait couler l’affaire en partant avec la caisse – et pas qu’enregistreuse – pour reprendre le fonds de commerce pour presque rien. Leurs économies du moment et une dose d’audace. Les livres proviennent de vide greniers et de partenariat avec les associations qui vendent les ouvrages d’occasion sur Internet. Le côté cuisine a été confié à un chef bio parisien qui avait envie de s’évader et de revenir aux sources de la simplicité culinaire. Pour l’heure, ce n’est pas la bousculade, pas le désert non plus. La clientèle doit prendre ses marques. Le soir à la fermeture, on remarque que certains livres laissés sur les tables ont des marque-pages. Il y règne comme un parfum de désir d’y revenir. C’est bon signe.

A propos de Eve F.

Rédige des assignations et des conclusions, défend le veuf et l'orpheline, écrit sur le Droit et son envers, la Justice et ses travers, le bien-être et son contraire, les hommes et pas que, le bruit du monde et ses silences, aussi.

3 commentaires à propos de “#le livre comme fiction #03 | Eat&Read”

  1. coucou Eve,
    alors rendez vous dans ton Eat&Read pour une lecture partagée ! qu’est-ce que ce serait bien !
    et c’est chouette ton image de fin, livres avec marque pages en attente sur la table…

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